Le VALIER

 

"Cher Papa, j'espère que ta rando se passe bien, mais franchement, tu aurais pu me dire que tu partais le 15 juillet. Bon, puisque je ne suis pas là pour voir les isards, prend les en photo pour que je puisse les admirer après..."

Ce papier de Marie, trouvé dans mon sac photo, je le relis pour la dixième fois et nous n'en sommes qu'au deuxième jour de randonnée, plutôt de la deuxième tentative de randonnée entre Melles et Mérens.

J'écris ces quelques mots sous la tente utilisée pour la première fois à 1700 m d'altitude, auprès d'une cascade, sur un terrain on ne peut moins plat, vers le col de Part et dans les nuages.

Nous sommes partis, hier matin, 15 juillet, de Seilhac en voiture, car nous n'avions trouvé aucune possibilité pour rejoindre Eylie (en Ariège) autrement. La décision s'est prise sur un coup de tête, d'où l'étonnement et les regrets de Marie. Je n'ai pas supporté de passer le week-end du 14 juillet seul, sans famille ni visite. Le décès de mon frère dix jours plus tôt, les amis qui n'osent ou ne veulent rendre visite après un malheur, le week-end est affreusement long. Alors, quitte à être seul, je préfère l'être en montagne.

Après avoir essayé en vain de trouver une solution pour rejoindre Eylie à partir d'Aulus, le mercredi 23 juillet, fin théorique de notre périple, nous laissons la voiture à côté du gîte d'étape à Eylie d'en haut. Il est 16h00, autant partir.

Nous chargeons, prenons le GR, retournons chercher le jeu de cartes IGN oublié dans le coffre, et c'est parti.


Mardi 15 juillet :

Montée 1320 m

Descente 640 m

 

Quelle première journée ! Au départ d'Eylie, une grimpette très raide de Eylie (900 m) au col d'Arech à 1800 m. Une grimpette en pleine chaleur. Un hélicoptère d'EDF nous survole une vingtaine de fois en transportant des matériaux avec un filin vers le barrage d'Uretz en haute montagne. Une côte éreintante mais quelle vue !

Bientôt, vers 1700 m, nous sommes rattrapés par les nuages. Roger, fatigué, cherche en vain, depuis un moment déjà, une source et un endroit plat pour camper. Mais, vu l'allure du terrain, aucun coin ne se présente ainsi. Arrivés au col de l'Arech, épuisés, nous trouvons enfin une source (10 à 20 gouttes à la minute !) mais pas de coin plat.

Nous décidons de rejoindre la cabane d'Arech où une autre source est indiquée sur la carte. Après avoir croisé une famille suisse parcourant le GR à l'envers (en admettant que nous le parcourrions à l'endroit), nous cherchons le sentier dans les nuages. Difficile de se repérer avec un tel manque de visibilité. Une chance, l'horizon se découvre suffisamment pour nous permettre d'apercevoir la cabane, 250 m plus bas après une descente à pic. Nous nous dirigeons vers elle. Le brouillard reprend vite possession de ce paysage grandiose.

Une gorgée de Ricard et trois cacahouètes (et oui, il faut un certain confort sous la tente, à 1700 m) et je continue.

La cabane est correcte, habitable, presque propre. Roger, qui tenait à monter la tente accepte de coucher à l'intérieur. Il est vrai qu'il est 21 h et presque nuit. Nous mangeons rapidement tandis que le ballet des nuages continue au-dehors. Puis, soudain, tout se dégage : le clair de lune.

Nous mangeons une tonne de purée à la morue (oui, les doses étaient prévues pour quatre) et au lit. A l'étage, nous sommes directement sous les tôles. Après avoir manqué de nous endormir, le vent se lève, un vent violent qui fait un bruit d'enfer, et bien sûr nous fait passer notre première nuit blanche.

Le réveil sonne à 6 h, mais personne ne bouge, espérant arriver à fermer l'œil au moins quelques minutes. Peine perdue...

 


Mercredi 16 juillet : sous la tente

Montée 1825

Descente 1605 m

 

Nous nous levons vers 7 h, déjeunons, (biscuits, car c'est la restriction de pain) et en route. Nous commençons par une descente abrupte vers la passerelle de Grouillès. Deux heures de descente pénible dans les fougères puis entre les hêtres, mais en face d'une magnifique vallée très encaissée.

Arrivés dans la vallée, il nous faut récupérer les vivres, la dépose que j'avais enterrée trois semaines auparavant. Angoisse : comment allons nous retrouver le colis ?

Par jeu, Roger veut le retrouver seul à l'aide du plan que je lui avais laissé au cas où il me serait arrivé un malheur (en montagne, il faut tout prévoir). Une forte pente, une barre rocheuse à 20 m du sentier et 10 m au-dessus du ruisseau, des noisetiers renversés.... Après 1/4 d'heure de recherche et quelques indications supplémentaires non remarquées sur le schéma, il déterre le carton. Tout est en bon état. Photos... puis nous répartissons les vivres, et en route pour les sommets.

Le temps incertain, les nuages orageux, le baromètre en baisse, les annonces météo à la radio pessimistes... Nous renonçons (moi à contrecœur bien sûr) à rejoindre le HRP par le col du Pourtillou, sentier dangereux d'après la carte. Nous nous dirigeons vers la cabane du Besset.

Ariège : pays très ingrat. De nouveau une montée abrupte : 800 m à pic.

Arrêt à 12 h à la cabane de Besset, propre, bien équipée et agréable. 1/2 heure de discussion avec une famille (père, mère et enfant de 12 ans) d'Avignon qui font le GR10 en campant. 13 heures : on repart pour les 300 m qu'il reste jusqu'au col du Clot du Lac. (300 m en altitude, bien entendu, car en montagne, on ne compte qu'avec la dénivelée). Chaleur lourde (comme les sacs), pesante en plein soleil.

Nous voici arrivés au col de Part ; spectacle grandiose des deux vallées encaissées devant des montagnes à perte de vue. La plus majestueuse : le Valier, juste en face de nous. Nous en parlions depuis des mois ; le voilà ! Celui qui n'est pas parti dans ces conditions, ne peut comprendre le sentiment de bonheur ressenti devant cette immensité dont nous dépendons maintenant et de laquelle nous sommes à la merci.

D'un seul coup, la situation se dégrade, vite, très vite. Les nuages montent. On cherche une source et un endroit plat pour passer la nuit. Deux heures pour trouver cet endroit. Au bord d'un torrent et d'une cascade, mais pour le plat parfait, il faut repasser... On verra cette nuit.

La fraîcheur tombe vite. L'humidité est omniprésente dans les nuages. On se lave rapidement, nus dans le torrent, on prend un repas bien mérité après le sacro-saint Ricard cacahouètes (c'est une tradition, un apéritif léger chaque soir pour se remonter).

Sous la tente, il fait encore clair. Je relie le mot de ma petite Marie, la larme à l'œil. Pourtant, elle aurait eu très chaud aujourd'hui. Et, en plus, on n'a pas vu d'isards...


Jeudi 17 Juillet. Sous la tente

La nuit fut longue, le sol pas très confortable, en pente, il fallait se recaler en permanence. Le Temesta (ou équivalent) n'a pas réussi à être efficace. La montre de Roger sonne à 6 heures, mais personne ne bouge. A quoi bon sous cette pluie battante ? Un petit déjeuner pris sans grand espoir de départ et on se blottit dans les duvets. J'attaque mon Victor Hugo "93". Pas très passionnant au départ, puis, au fur et à mesure, l'histoire devient plus captivante.

Roger lit "la nuit des temps" de Barjavel entre deux assoupissements. La radio annonce la météo. Les orages se déplacent vers l'Est. Ils sont à présent sur le Sud Ouest. Mais ils en mettent du temps à quitter les Pyrénées ces orages !

Midi : bœuf en gelée... horrible ! Roger a l'air d'aimer avec de la moutarde, mais finit par reconnaître que ce n'est pas terrible. Peut-être avec de la sauce tomate ...? Le fromage de Bethmale est plus apprécié. Un gâteau et un thé chaud ? D'accord. Roger met le réchaud dans l'entrée. Je crains pour ma tente toute neuve et si fragile. J'ai raison de craindre. Le réchaud se renverse. Roger réussi à éteindre la flamme, mais un litre d'eau bouillante se renverse sur les affaires et sous les sacs... comme s'il ne pleuvait pas assez dehors : belle opération.

Nous partons chercher de l'eau à la source repérée la veille. Car l'eau du torrent n'est pas potable ici : trop d'animaux en amont. Deux gourdes de un litre, un bidon de 1/2 litre et une vache à eau de 4 litres. Roger part en sandales pour ne pas mouiller ses chaussures. Dans la boue, les hautes herbes, les orties, les crottes de moutons, il se met dans un sacré état (les anciens, ça a de l'expérience...).

Au bout de 100 m, je m'apprête à dire à Roger "je n'ai pas pris mon appareil photo, je suis sûr que nous allons voir quelque chose." Je n'en ai pas le temps. Me retournant légèrement, mon regard tombe sur un bel isard, un mâle solitaire sautant le torrent, 50 m en contrebas. Mon premier isard de l'année et je ne peux ramener une photo à Marie. J'espère que ce sera pour plus tard. Hier, la famille d'Avignon nous avait dit avoir vu un solitaire à coté de leur tente. Pourquoi pas nous ?

Après le thé réparateur (la deuxième tentative est la bonne !), je profite d'une brève éclaircie pour aller repérer un raccourci afin de rejoindre un sentier théoriquement au-dessus de nous, ce qui nous éviterait de revenir sur nos pas. Il faudrait longer le torrent et le remonter de 300 m en altitude pour se retrouver sur un hypothétique sentier qui nous permettrait de rejoindre le HRP.

Oui, si nous pouvons rejoindre le refuge des Estagnous par le HRP, cela éviterait de redescendre à 900 m pour remonter à 2500 m par le GR classique. Mais cela est aussi bien plus dangereux.

A priori, cela semble pouvoir passer, mais pour revenir à la tente à l'heure donnée à Roger, je ne grimpe pas jusqu'en haut. Il serait risqué que Roger parte à ma recherche dans ce brouillard.

17 heures, et nous sommes toujours sous la tente montée 24 h plus tôt. 24 heures presque sans bouger, bientôt 36 et peut être plus si le temps ne se dégage pas.

Pourtant le baromètre monte : 1016, 1017... 1020,6 à cette minute même. Le beau temps arrive, c'est sûr. Mais nous sommes toujours dans les nuages. Il pleut sans arrêt depuis hier soir 23 heures. Quelques courtes éclaircies nous ont permis de sortir nous aérer. A peine plus de 5 mn de répit et un nouveau nuage monte de la vallée, assombrit la tente et déverse de nouveau une pluie pas très froide, mais démoralisante.

L'après-midi se termine sous la tente. Elle a bien résisté à la pluie, mais, montée en travers rapidement sur un terrain trop petit, le double toit colle à la tente intérieure et l'humidité traverse.

Cela dit, elle est assez grande pour deux. Mais, prévue pour quatre, il serait bien difficile de pouvoir mettre les sacs et de remuer à l'intérieur surtout pour une durée aussi longue.

Je ne regrette pas que Marie ne soit pas là aujourd'hui. Elle serait entièrement dégoûtée de la randonnée à la suite de sa première expérience malheureuse.

Nous sommes à présent entourés d'un troupeau de plusieurs centaines de moutons, et il nous faut faire du bruit en permanence pour éviter qu'ils ne se prennent les pieds dans les cordes d'amarrage que nous venons d'installer pour tendre la toile.

Allez, un petit thé de 18 h à l'anglaise et à plus tard... peut-être...

 


Vendredi : Truchet - Estagnous :

Montée 3073 m

Descente : 2528 m

 

La nuit de jeudi à vendredi se passa, longue, le sommeil léger, très léger, la pluie persistant jusqu'à 4 h du matin environ.

Puis, à 6 h, une lueur semble indiquer un temps clair. Un œil par le hublot de la tente : oui, du ciel bleu et quelques petits nuages par- ci par- là. Il nous faut partir.

Il fait frais, humide, la tente extérieure est trempée. Le module intérieur a bien tenu. Un petit déjeuner, puis on range. C'est long. Difficile de plier la toile humide. On s'y reprend à plusieurs reprises. Puis, c'est le départ peu après 8 h.

On se dirige à la boussole et à l'altimètre, en fonction de ce que j'avais repéré la veille, pour récupérer ce semblant de chemin qui permettrait de rejoindre le HRP. On monte 1800, 1900... on rejoint ce fameux sentier.

Derrière nous, la mer de nuage qui bouche la vallée, gravit la pente à notre poursuite.

Dommage ! Ce serait si beau en haut sans nuages. Nous rejoignons bientôt un lieu qui semble avoir été fréquenté, vers le gouffre du Pourtillon.

Ça y est ; nous sommes sur le HRP. Rien à voir avec le GR. Il faut le deviner. Nous franchissons un passage (Lesqua) avant les nuages puis nous arrivons à un col d'où nous pouvons apercevoir le massif du Vallier et le Pic de Balonguère. Avant d'arriver, sur une crête, à 80 m de nous, une vingtaine d'isards nous nargue. Leur silhouette s'ajoute à celle de la crête. A peine le temps de sortir l'appareil, un nuage nous sépare et après, ils auront disparu. Arrivés au col, le spectacle est magnifique, les immenses massifs précités se dégagent entre les nuages, majestueux. Comment allons- nous pouvoir monter là haut ?

Je cours à la poursuite des isards. Je gravis les crêtes où nous avons pu les apercevoir. Stupeur : derrière ces crêtes, des aplombs de 100 à 200 m de haut. Les isards sont en bas, tranquilles. Mais comment ont-ils pu descendre ? J'essaye de prendre quelques photos. Mais d'en haut, cela ne donne pas grand chose.

Nous poursuivons le chemin. Chemin, c'est beaucoup dire, car le sentier se perd sur le flanc d'une montagne de plus en plus pentue, de plus en plus dangereux. Il faut se diriger à la boussole et à l'altimètre. Bientôt, nous apercevons la cabane du Trinque, à côté de laquelle il faut passer. Mais il nous faut contourner un cirque (le Pourtillou) et nous n'apercevons aucun passage. La progression est très difficile; Un isard débouche à 10 m de nous, surpris. Une photo : ratée, sans doute. Nous arrivons à la cabane. Une source à côté est la bienvenue. Nous déjeunons. Un horrible pâté que Roger a déniché dans je ne sais quel supermarché ; pâté dont nous profiterons jusqu'au soir... Un bout de fromage pendant que la tente sèche dans le vent, puis en route.

La route est impressionnante. A la boussole, il faut franchir un profond ravin, remonter le long d'un torrent (le ruisseau de Barlonguère). Nous apercevons un cirque inconnu, aussi beau que certains, plus célèbres, le long duquel s'écoulent de multiples cascades. Puis, nous remontons la vallée jusqu'à la cabane de Barlonguère. Ici, le calme parfait, une vallée en miniature, un ruisseau serpentant dans ses méandres au milieu d'une pelouse, des emplacements pour bivouaquer, une cabane propre, une source. Nous avons envie de passer deux ou trois jours dans ce paradis.

Il faut repartir, car les nuages montent vers nous. Nous nous dirigeons vers le col de Barlonguère à 2400 m.

Une fois arrivés, un défilé étroit se présente devant nous. Au fond, après un immense névé, l'inconnu, dans les nuages.

Pas le choix; il faut continuer. La descente est très dangereuse dans les éboulis, puis le long du névé.

De temps en temps, nous apercevons l'Etang Long, au fond, et des falaises de part et d'autre. Où allons nous passer ? Quelle idée de vouloir emprunter la HRP pour faire comme les grands ?

Nous continuons à descendre. La carte fait passer la HRP côté droit, mais avec de petits points rouges comme symbole, ce qui signifie "passage très difficile".

Effectivement, nous n'avions aucune idée de ce qui nous attendait. Le passage est bien sur la droite.

Environ deux heures d'enfer, dans les éboulis, les pentes à pic, un semblant de sentier permettant à peine de poser une seule chaussure et le vide de 100 à 200 m sur le lac. Et ce sac de 26 Kgs qui risque de nous déséquilibrer à tout moment. Trois névés sont à franchir, descendant directement dans le lac. Nous n'avons pas le droit à l'erreur.

Nous finissons par rejoindre le déversoir du lac naturel à la côte 2125. Quelques secondes de repos. Parfois, les nuages s'écartent et nous laissent entrevoir ce site magnifique.

Il faut à présent descendre vers l'Etang Rond à 1929 m. Nous sommes sur une falaise d'où un ruisseau s'échappant du lac se transforme en cascade.

Descente très délicate malgré quelques mains courantes fixées aux endroits les plus périlleux.

Nous longeons l'Etang Rond. Roger est épuisé. Il n'arrête pas de poser son sac et voudrait bivouaquer ici. Mais le temps est horrible, le brouillard très épais et il fait froid. Je préfère continuer et atteindre le refuge des Estagnous. Eprouvé par ce qui s'est passé trois semaines auparavant, j'aimerais téléphoner à la maison. Alors, j'essaye de trouver des arguments pour convaincre Roger à avancer. On se refera une petite santé au refuge autour d'une bonne soupe, et le matin, on pourra partir de bonne heure pour l'ascension du Valier. Il est d'accord, mais il reste 2 heures de montée et il est déjà 17 heures. Quelle journée !

Nous rejoignons le refuge de Caoussis, à la rencontre du sentier qui arrive du Pla de la Lau. Nous croisons un pêcheur qui va passer le week-end au bord du lac. Très chargé, il transpire après 1300 m d'ascension, et après une journée de travail sans doute. C'est la septième personne que nous rencontrons depuis quatre jours et la première depuis trois jours.

Puis 400 m de montée non-stop jusqu'au refuge sur des éboulis et des dalles de granite sculptées par l'eau et offrant de curieuses arabesques. Nous croisons une femelle isard et son éterlau dont la couleur marron foncé indique le jeune âge.

Après de multiples arrêts et d'innombrables soupirs de Roger, nous arrivons au refuge. Une agréable odeur de soupe à l'oignon gratinée nous incite à prendre le repas du soir. En fait, l'incitation vient surtout du gardien du refuge : "vous partagerez bien le repas avec nous..." difficile de refuser. Vite, la toilette. Ce n'est pas sans besoin. A l'extérieur, plein nord, deux lavabos aux robinets cassés et éclaboussants délivrent une eau glacée venue directement de la source sans passer sur le moindre réchauffeur. Il faut prendre son courage à deux mains pour faire une toilette complète. Une troisième main serait la bienvenue...

On s'inscrit pour le repas, la nuit et le petit déjeuner. Le tout pour 150 F. Le chalet est prévu pour une quarantaine de places, mais, samedi soir, ils attendent 70 personnes. On n'ose imaginer ce que cela doit représenter dans ces locaux minuscules et sans confort. Le gardien est sympa et le repas bien plus agréable que la toilette. Gratiné de soupe, pâtes, confit de poule et de canard, fromage, crème brûlée : c'est très correct. Le froid (2240 m) nous invite à nous réfugier sous nos duvets et la dizaine de personnes présentes en font de même.

J'ai oublié de citer la dernière nouvelle obtenue au téléphone : Thibault, profitant de mon absence, s'est fait piquer par un essaim d'abeilles. Mais il s'est vu offrir un game-boy, ce qui a sans doute atténué la douleur.


Samedi : Estagnous - Aulat :

Montée : 2650 m

Descente : 2760 m

 

Samedi matin, 6 h 15, branle- bas de combat dans le dortoir. On se lève. Il fait beau. Petit déjeuner simple. Rangement des sacs et départ pour l'ascension du Valier. Un mythe.

Nous montons régulièrement avec nos sacs lourds. Nous nous faisons doubler par quelques jeunes, les mains dans les poches, et par un sportif de haut niveau (c'est le cas de le dire à 2800 m) qui fait l'ascension en courant : montée et descente.

Arrivés au col de Faustin (2637 m et dans le temps imparti), nous cachons les sacs pour finir l'ascension en "roue libre" des 200 m restants. Peu de risque qu'ils disparaissent vu leur poids et la très faible fréquentation du massif. De toute façon, un voleur serait vite rattrapé. Nous nous sentons si légers que nous courons presque.

Inutile de dire que du sommet, à 2838 m, le spectacle est grandiose... Une mer de nuages d'où émergent tous les sommets dépassant 2000 m environ. Des montagnes partout. Le massif du pic Anneto à l'Ouest, à gauche de la chaîne des Pyrénées. Nous distinguons tous les sommets jusqu'au Pic du Midi de Bigorre. A l'Est, le Massif des 3 seigneurs, le Pic d'Estats devant le Carlit sans doute, les montagnes d'Andorre. Les nuages restent tricolores. Côté Espagne, ciel clair et beau temps parfait.

C'est un de ces moments difficiles à définir, plein de bonheur et de tristesse à la fois. Heureux d'être arrivé ici et d'avoir vaincu la souffrance inévitable de l'ascension, heureux de pouvoir profiter dans le calme et la sérénité de cette vue imprenable, de cette immensité vierge, sauvage et souveraine. Triste de se retrouver seul, égoïstement, sans les siens, sans tous les êtres chers avec qui l'on aimerait partager ce moment inoubliable et ce bonheur absolu. Instant indéfinissable, où les yeux se remplissent de larmes malgré soi. D'immenses regrets également : ceux de n'avoir pu ou su faire partager cette passion de la randonnée en moyenne montagne avec mes amis. Je suis pourtant prêt à m'adapter à leurs possibilités, à les guider, à leur prêter du matériel ... mais sans succès.

Séance photos et nous redescendons. Nous allons tenter de rejoindre le Port d'Aula en passant par l'Espagne. Il paraît que cela passe assez bien.

Nous grimpons le petit Valier sur lequel nous apercevons notre premier troupeau d'isards. Nous passons le passage de Peyre Blanche ainsi qu'un autre défilé assez scabreux. Puis, c'est l'ascension du Pic de la Pale de la Clouère pour rejoindre la HRP côté Espagne.

Mais, cette course n'a rien à voir avec une randonnée tranquille. C'est de la vraie montagne, de la vraie escalade sans sentier équipé pour touristes en mal de sensations.

Des défilés étroits, des cheminées des passages rocheux avec 100, 200, 300 m de vide au dessous de nous.

Il ne s'agit pas d'avoir le vertige, il ne s'agit pas non plus de toucher le rocher avec le sac et de se laisser déséquilibrer, ni de glisser sur une roche polie. Attention aux pierres gelées qui se dérobent sous les mains et sous les pieds. Nous n'avons droit à aucune erreur.

Après deux heures de frayeur garantie, nous atteignons un col par lequel nous pourrons regagner le côté espagnol. Depuis un moment déjà, nous sommes cernés par les isards et les aigles. Nous commençons la chasse en essayant de nous rapprocher le plus possible. Mais le chemin est long avant le port d'Aula. Il faut marcher, marcher encore. Nous passons au milieu d'un vrai zoo naturel. Des centaines d'isards, partout, des choucas, des marmottes, un renard. Personne n'a passé dans cet endroit depuis des mois. Nous entendons les estives espagnoles monter de la vallée en dessous. Elles arriveront bientôt dans ces lieux.

Après deux heures de marche dans cette pente orientée plein sud, tantôt ensoleillée, tantôt dans les nuages échappés de France par quelque col moins élevé, mais avec un vent de Nord très froid. Nous arrivons au Port d'Aula. Roger rêvait de bivouaquer côté Espagne, mais pas une seule goutte d'eau.

Etat de fait déjà remarqué les années précédentes ; côté France : nuages, pluie, sources, torrents ... ; côté Espagne : beau temps, sécheresse, aridité. Donc, impossible de camper.

Nous descendons du col côté Nord et arrivons dans le brouillard près d'un petit étang. Des endroits plats pour bivouaquer à ses côtés, une source que nous découvrons 300 m au-dessus et nous nous installons, incognito, dans la brume épaisse. Roger, de plus en plus fatigué, écrit quelques lignes puis prépare le repas : Potage, riz de Canton au saumon, fromage et compote que j'ai généreusement accepté de touiller. Mais il fait de plus en plus froid. Nous rentrons vite sous les duvets d'où j'écris ces quelques lignes.

Que ferons nous demain ? Nous ne sommes pas d'accord. Roger voudrait faire une boucle pour rentrer à Eylie mais pas de vivres sur cette route et nous serons obligés à la fin d'emprunter le même sentier qu'à l'aller ce qui ne m'enchante pas.

On verra demain. Bonne nuit.

 


Dimanche 20 juillet.

Montée 1124 m

Descente 2240 m

 

La nuit fût froide, très froide. Blottis au fond de nos duvets, le réveil de Roger n'arrive pas à nous faire bouger. Je tente un coup d'œil par le hublot et distingue des coins de ciel bleu et des nuages rougis par le soleil levant. Mais le froid est saisissant. Bientôt, nous nous rendrons compte que le thermomètre est descendu en dessous de zéro, car la tente est gelée partout où la condensation a produit de l'humidité.

Vite, nous mettons de l'eau à chauffer pour le café, mais le butane a du mal à fournir un débit suffisant. En effet, nous n'avons plus de bouteilles de butane-propane qui fonctionnent mieux par temps froid.

Après le petit déjeuner pris à moitié dans les duvets, nous essayons de plier. Mais, la veille, dans le brouillard, nous n'avions pas vu qu'un grand massif nous cachait du soleil et ce jusqu'à 10 h sans doute. Nous transportons les toiles de l'autre côté de l'étang pour les tendre au soleil, les faire dégeler et sécher.

Nous partirons à 9 heures. Le baromètre est descendu légèrement et déjà quelques nuages entourent le Valier. Vite, une série de photos. Mais ce sera peine perdue, car j'aurai un peu plus tard la maladresse d'exposer la pellicule...

Nous amorçons la descente vers la cabane d'Aula après avoir rejoint le GR 10 et surpris un isard par notre passage.

Nous partons à la recherche d'une source près de la cabane d'Aula. Celle que je trouverai ne correspond pas aux indications de la carte, mais elle semble bonne. Je prends quelques photos de chevaux pour mes titis. La plaine est parsemée d'une centaine de chevaux de Merens. C'est alors que je m'apprête à changer de pellicule, et croyant avoir rembobiné, j'ouvre l'appareil. Horreur ! la pellicule n'est pas rembobinée. Au moins 10 photos gâchées. Lesquelles ? On verra au développement. Je jure au moins pendant un quart d'heure et prend mon air le plus aimable des beaux jours !!!

De plus, Roger veut emprunter la variante GR 10 D pour revenir vers le Pla de la Lau.

Quel têtu ce Roger !

Depuis le début, je sens bien qu'il ne veut pas arriver à Aulus. Tous les prétextes sont bons. Et cette obsession de vouloir terminer mardi. Incroyable ! il est invité à un mariage le samedi et veut rentrer trois jours avant. Il aura le temps de se raser...

Descente sans trop de problèmes dans une vallée étroite et interminable vers Estours. Dans les bois, des prairies où paissent des limousines perdues dans les Pyrénées. Les cascades se succèdent. Puis des granges, certaines écrasées, d'autres habitées pour les vacances sans doute, mais entretenues. Elles se situent à 1 h, 1 h 30 de marche de tout accès automobile. Aussi, les matériaux servant à la restauration sont-ils hélitreuillés.

La descente se poursuit jusqu'à Estours (675 m). J'ai de plus en plus mal aux genoux. Il nous faut remonter pour prendre le GR 10 D une côte raide en pleine chaleur, le long d'une conduite forcée. C'est horrible. EDF a laissé des tronçons de conduite remplacés dans le ruisseau. Quel bon exemple ! Bravo EdF ! Quel respect de l'environnement !

Roger fatigue. Il parle de chercher un bivouac, mais les pentes raides ne promettent rien de bon. Et plus d'eau, pas de source en vue. On passe plusieurs granges abandonnées en ruine, mais impossible de trouver la source qui était certainement à proximité.

On arrive enfin sur un pré engazonné et présentant un endroit plat, vers la combe de l'Arrech à 1023 m d'alt. Je sens bien que Roger n'ira pas plus loin. Aucun argument ne peut le convaincre à présent. Il n'y a pas d'eau ; on prendra celle du ruisseau. Il y a un méplat plus loin, à 1 heure ; non, il sait que ça n'ira pas ; ici c'est parfait.

Faisons contre bonne fortune bon cœur. On se pose. Je pars à la recherche d'une source vers des granges en ruine à 100 m de là. Mais échec. Il nous faut effectivement prendre l'eau du ruisseau, claire, au demeurant et nous y mettrons des micropures.

Nous nous installons entre mouches et fourmis. Une toilette vivifiante à poil dans le torrent. Je prends quelques photos (saugre)nues pour nos admiratrices futures... Un thé, un ricard cacahouètes, un peu d'écriture et le repas.

Le menu ? : soupe tomate, pâtes au saumon, fromage, pâte de fruit.

Mais à peine le repas commencé, un bruit de calvacade monte de la vallée. Est-ce l'équipée sauvage ? Non, mais nous voyons arriver en aval du pré dans lequel nous sommes, une vingtaine de chevaux, de magnifiques chevaux, parmi eux, une quinzaine de Merens, bruns, fins, musclés, joueurs.

Ils s'approchent de nous. Arrivés à une distance de 5 m, Roger les chasse. Il craint qu'ils reviennent la nuit piétiner la tente. Mais ce n'est que partie remise ; Doucement, ils se rapprochent de nous en broutant ; puis restent à une dizaine de mètres. Nous passons en revue tous les moyens pour nous protéger d'eux lors de la nuit : corde tendue autour de la tente sur nos bâtons de marche, branches en équilibre sommaire dressées tout autour, branchage de bois sec étalé à terre afin que le bruit nous réveille, etc... Demain matin, je prendrai le camp en photo, ça vaut le coup...

Alors que, allongé dans mon duvet, j'écris ces quelques lignes (il est 21 h), soudain, un râle suivi de plusieurs souffles attire notre attention. Un animal rôde autour de la tente durant 5 mn. Un ours ? non, nous n'aurons pas cette chance. Roger pense à un renard. J'essaye d'ouvrir la moustiquaire doucement pour m'approcher du hublot, mais le champ de vision ne me permet pas d'apercevoir l'animal. Bientôt le râle s'éloigne. A bientôt pour une autre surprise. J'avale mon temesta, lis quelques lignes de Victor Hugo et ....

 


Lundi 21 juillet : Le Pla de la Lau

Montée 2091 m

Descente 2167 m.

 

Pour la première fois, j'ai à peu près dormi. C'est un mal de dos lancinant qui me réveille avant la montre de Roger. Il ne fait pas trop froid. Nous ne sommes qu'à 1000 m d'altitude et à l'abri. Je sors de la tente et contrairement à mes espérances, aucun animal en vue. Pas un cerf, pas une biche aux alentours. Nous prenons le petit déjeuner sans pain (il n'en reste presque plus), plions la tente trempée par la condensation et c'est le départ à 7 h 30.

Le sentier monte, monte encore et encore, dans une sorte de jungle humide avec de hautes herbes et beaucoup d'orties. Nous traversons des forêts de grands hêtres, parfois arrachés par la tempête. Quels dégâts ! Le sentier est très peu emprunté. Il ne s'agit que d'une variante, et vu le temps de début juillet, ce n'est que le début de la saison touristique. Parfois, il nous faut tailler les orties et les ronces.

Nous arrivons à la cabane de Lameza (1340 m), traversons une longue prairie où paissent des limousines et arrivons à la cabane du Subera, au fond d'un cirque où s'affairent trois personnes. Nous nous approchons et engageons la conversation. Ce sont des chasseurs venus repérer les isards et passer deux jours au refuge. Ils ont pitié de nous en voyant le peu de pain qu'il nous reste et nous offre une demi-tourte de bon cœur (Les chasseurs remontent alors légèrement dans mon estime). Ils nous conseillent de prendre un chemin non indiqué sur la carte mais qui permet de rejoindre le Pla de la Lau par le col de Craberous.

Je vois bien que ce col est à 2382 m, mais Roger semble d'accord, et après tout, un retour en montagne n'est pas pour me déplaire avant de rentrer.

Il faut suivre le sentier de la liberté, balisé de jaune (parfois) emprunté pendant la guerre par les gens voulant fuir la France.

Allons-y. Nous montons. C'est peu dire. Une ascension interminable dans les prairies, la montagne à vache, bientôt la haute montagne. Nous dérangeons quelques isards et nous faisons survoler par des aigles et des vautours. Vers 2000 m, un spectacle désolant nous attend. Un avion américain crashé pendant la guerre. Une dizaine de morts, des tôles et des pièces mécaniques écrasées sur plusieurs centaines de mètres laissent imaginer la violence du choc.

Il fait chaud, très chaud. Devant chaque source, nous buvons nos gourdes pour les remplir de nouveau. Vers 13 heures, nous arrivons au col après une ultime ascension et dans une souffrance intense.

 

Cette souffrance permanente que la plupart des gens ne peuvent pas comprendre. En effet, rien ne nous oblige à faire ce que nous faisons. 90% des individus renonceraient et refuseraient de subir ce que nous subissons gratuitement. Oui, une souffrance pour rien, si, pour le plaisir. Pour le plaisir en effet, car il est si bon de voir que l'on peut supporter une telle souffrance et arriver au bout. On a l'impression de se forger une carapace d'insensibilité et après cela, d'être capable de tout supporter de la vie. Et, une fois au bout, quelle joie, quel plaisir égoïste de se dire qu'on l'a fait. On y est arrivé. En se retournant, on se sent fier d'avoir gravi tout cela. Même si le spectacle n'est pas toujours celui que l'on imaginait, cela ne fait rien, on a l'impression d'avoir accompli un exploit. Pour soi, uniquement pour soi. Pas de compétition, personne pour voir, personne pour admirer, personne pour applaudir. Personne à qui en mettre plein la vue. Pas de caméra, pas de classement dans la presse. Pourtant, on sait que ce que l'on a fait, peu le feraient. Alors, on se dit : on est parmi les meilleurs ! C'est çà le vrai sport.

Puis on essaye d'admirer le paysage pour se justifier cet effort extrême.

Ici, nous nous retrouvons dans les nuages. Nous ne voyons même pas le Mont Vallier, alors, difficile de justifier cette ascension. Si ce n'est que des dizaines de personnes ont passé par-là durant la guerre pour fuir le fascisme, en costume et en chaussures de ville. Nous les admirons, mais eux, avaient une raison valable !

Nous essayons de redescendre un peu pour manger un morceau, car les trois biscuits du petit déjeuner sont loin dans les talons...

Nous nous frayons un passage dans un immense éboulis instable. Nous n'avons peut-être pas trouvé le bon sentier. En effet, juste avant le col, nous avions perdu les marques jaunes et avons franchi le passage le plus près, pas forcément le bon, ni le plus facile.

Après avoir dévalé cette coulée de pierres, nous nous affalons sur un banc de calcaire sous un rayon de soleil et apprécions le pain offert par les chasseurs.

Une rondelle de saucisson, ça remplit Roger. Mais moi, ça ne me suffit pas ! J'en prends une deuxième, avec une tartine bien beurrée, puis du fromage, puis une tartine de confiture, une deuxième, une troisième... que c'est bon !

Je fais comprendre à Roger que, si partir avec moins de poids est un choix louable, se remplir le ventre est aussi indispensable pour fournir de tels efforts.

Nous repartons, passons devant la cabane des Espugues, occupée par un original, à côté de l'entrée d'un gouffre servant de WC publics. Une source : un bon litre d'eau fraîche dans le gosier et nous continuons. Impossible de prendre le Valier en photo. Les nuages sont omniprésents. Nous descendons vers la cabane du Taus où nous conversons avec un vieux montagnard, et c'est la descente, la grande et dernière descente. 1000 m de descente sur le flanc d'une unique montagne. Sur la carte, des dizaines de lacets. Ils y sont... à perte de vue. Dans les pentes herbeuses d'abord, puis dans la forêt de hêtres. Une descente sur un sentier bien marqué (on a rejoint le GR 10) mais avec des pierres roulantes sous les pieds.

Une hantise me poursuit : trébucher comme en 1996 et me retrouver à l'hôpital. Je suis contracté, trop sans doute. J'ai mal aux genoux, mes jambes tremblent. Pourvu qu'une de ces maudites pierres ne roule pas sous mes chaussures dans lesquelles mes pieds me brûlent. Mais je ne sens plus la douleur. Quelle douleur d'ailleurs ? A chaque pas, les 24 kg restants de mon sac à dos pénètrent dans mes épaules, dans mes hanches... Alors, quelle est la douleur prépondérante ? Je ne sais plus. Je souffre, en silence. De toute façon, il n'y a que Roger pour m'entendre et me plaindre, mais il n'est pas en meilleur état. Chacun sa m..., souffrance (pour rester poli). 2 h 30 de descente sans un mot, les dents serrées.

Après cette descente, c'est la fin. On quitte la montagne, le calme, la liberté, la solitude. En bas, c'est la civilisation, cette civilisation devenue pesante, insupportable. Les cris, les voitures, les déchets. Plus on descend, plus on rencontre de papiers de bonbons, de barres énergétiques, de chewing-gum. Ces promeneurs du dimanche, irrespectueux, qui se croient tout permis, qui croient être seuls, qui pensent qu'un papier alu jeté, ce n'est rien dans cette immensité. Ces gens qui n'éduquent pas leurs gosses, qui ne leur apprennent pas à respecter la nature. Nous sommes tristes l'un comme l'autre.

Arrivés en bas, il y a des endroits pour bivouaquer (il est 18 h 30) mais pas de source.

Au parking du Pla de la Lau, je demande à tout hasard à un couple, s'il ne se dirige pas vers Sentein. Oui, ils y vont. Je propose qu'ils emmènent Roger récupérer sa voiture à Eylie. Moi, j'attendrai avec les sacs.

C'est d'accord. Pendant que Roger fait l'aller-retour, je cogite. Il faut rentrer ce soir à Seilhac. Je ne pourrai camper ici et perdre la journée du lendemain à rouler en pleine chaleur dans les embouteillages. Il me faut réussir à convaincre Roger. Comme çà, il aura quatre jours pour se raser avant le mariage...

Je donne mes arguments à Roger qui hésite beaucoup. Il ne veut pas réveiller Gisèle, son épouse, en rentrant ! Je me montre insistant, trop sans doute. Mais je suis têtu ; c'est ainsi. Je veux rentrer. Tout est fini. Je n'ai pas l'intention de faire durer cette souffrance morale et ces regrets.

Roger, à contre cœur, finit par m'accorder le départ. Nous mangerons dans un snack (c'est la concession que je lui accorde) Une salade et un steak frites (congelés). Ce n'est pas le Pérou, mais çà va nous caler pour la route.

Deux heures trente, du matin, nous arrivons à Seilhac, fatigués, tristes. Le voyage en voiture a réveillé ma sciatique que j'avais presque complètement oubliée durant cette semaine.

Triste est un mot faible, car si c'est dur, parfois très dur, on en redemande. Difficile de renoncer, de quitter ces grands espaces où l'homme n'a pas encore réussi à tout détruire. Alors on se dit que l'on va repartir, bientôt, très bientôt...

 


Retour au menu : Randonnée en Montagne