Les PYRENEES sur le GR 10

ARRENS - MELLES

 

29 Juin - 17 Juillet 1996

 

 

Les notes ci-dessous sont tirées du carnet de Roger, mon compagnon de randonnée qui m'a initié à cette passion. Il s'agissait, pour moi, de la première grande course en montagne. Nous étions partis à cinq : Roger, sa fille Brigitte, Abel, un jeune retraité très sportif, Cati et moi. Nous avons terminé à deux (enfin presque…).

 

 


29 juin 1996 - 13 H 30

Le taxi nous dépose à Arrens, dans le Val d'Azun, au pont du Labadé. Il tombe quelques gouttes et nous préférons couvrir les sacs avec les ponchos. Nous franchissons, par le pont, le Gave d'Arrens, après que Cathy et Abel aient fêté l'arrivée par quelques pas de danse, sac au dos, pendant que Bibi les photographie.

Nous "attaquons" le GR 10, en file indienne, le sentier est étroit. Premier carrefour, plus de balise. Nous la traversons et continuons sur le sentier logique. Abel traîne, çà grimpe fort. Brigitte est écarlate sous l'effort et le poids du sac. Nous ne sommes plus sur le bon sentier, çà commence bien ! Nous finissons dans une espèce de marécage. Nous sommes trempés des pieds à la tête ! Enfin, nous rejoignons la bonne route au bout de 5 h, au lieu de 3 h ! Encore une heure de marche et voilà le camping du Lac d'Estaing, notre première étape. Il est 19 h 20.

Il fait très froid et humide. Nous attrapons la "piquette" en montant le bivouac et pendant le repas.


30 juin - 6 H 00

 

C'est dimanche et il fait toujours aussi froid. Petit déj' dans la brume du petit matin. Malgré tout, la journée s'annonce belle, pas un nuage. Nous sommes en route seulement vers 8 H 15, après les photos du groupe devant le Lac d'Estaing (1161 m). Cela commence à monter sérieusement vers la cabane d'Arriouses, nous passons à la Cabane de Barhat et enfin voici le Col d'Ilhéou (2245 m). Tout le monde y arrive un peu fourbu mais en forme. Il est 12 h 30.

Comme prévu, grand beau temps ! Ce qui nous permet de mettre à sécher tentes et linges mouillés. Déjeuner et repos jusqu'à 14 H.

Puis c'est la descente sur le Lac d'Ilhéou (1975 m) dans son écrin minéral. Abel paye un pot au refuge qui le domine de quelques mètres. Sous un grand soleil, nous continuons vers le "pontou dets sahucs" (1481 m).

L'emplacement du bivouac n'est pas excellent : juste quelques mètres carrés le long d'un torrent bruyant. Vite ; la toilette. Séance photo des "voyeurs" lors de la toilette des filles. A 19 h, le soleil se cache et c'est à nouveau la fraîcheur.

 

Après le repas, Abel part seul. Il a l'air "tristounet". Les filles le rejoignent. Pierre fait de la couture, j'écris mon journal. Cathy revient en courant, : "venez vite, il y a des isards !". Effectivement, cinquante, peut-être plus, descendent d'un éboulis vers le gave d'Ilhéou. La lumière est déjà faible, Pierre contourne la harde, s'approche le plus possible et "mitraille", une "200 asa" dans le canon. C'est un peu faible, mais les "400" sont dans le sac !... Nous nous "caillons" pendant un quart d'heure et rentrons dans nos tentes. Malgré le bruit du torrent tout proche, nous essayons de nous endormir très vite.

 


1er juillet - 6 h 30 - Lundi

 

Abel a déjà bouclé son sac et je n'ai pas entendu ma montre. Pierre et Cathy dorment encore aussi (je suppose). Branle-bas à 8 H 15, nous attaquons la descente sur Cauterets. Il fait beau. Nous faisons le ravitaillement, mangeons quelques yaourts assis sur un banc au milieu des touristes et téléphonons avant de sortir de la ville. Pierre achète 2 bâtons télescopiques dont il ne regrettera pas l'achat par la suite, les événements futurs le prouveront...

En route pour le pont d'Espagne ! Sans doute une des plus jolies balades, sur un sentier cascade, que l'on puisse faire, mais çà grimpe dur !

Cathy a mal aux épaules et Bibi au tendon d'Achille. A midi, arrêt rituel : déjeuner et séchage des tentes. Pierre installe une cordelette de 20 m, toute neuve, et nous suspendons nos tentes et chaussettes humides. Aux alentours de 17 H, nous sommes au pont d'Espagne. Beaucoup de touristes, nous empruntons le télésiège pour monter les 300 m de dénivelée pour arriver au lac de Gaube (1725 m), en même temps que le brouillard. Nous longeons le lac. Pour aujourd'hui, cela suffit. Il est 17 H 30 mais l'humidité et le froid sont là. Nous mettons la bâche pour la cuisine et nous nous serrons dessous. Stupeur ! la cordelette de Pierre est restée aux arbres sous le Pont d'Espagne. Il rage et espère qu'elle profitera à quelqu'un. Ricard, chansons et harmonica nous font passer un bon moment avant le repas. Mais bientôt, il faut songer à se coucher car le froid est intense. Cathy tremble de tous ses membres. Abel, peu couvert, commence à avoir sérieusement mal à la gorge. Il pleut toute la nuit.

 


2 juillet - 6 H - Mardi

 

Au réveil, il pleut. Nous décidons d'attendre 8 H mais il pleut encore. Tout est trempé, surtout Abel. Sa tente ne vaut rien pour cette saison. Son duvet est trempé, son mal de gorge empire. Son moral va descendre progressivement dans ses godasses. Nous l'encourageons et nous partons sous la pluie et sous les ponchos qui deviennent vite des saunas. Le paysage entrevu entre les nuages est superbe. Le sentier serpente parmi les rhododendrons et les ruisseaux qui coulent de partout, jusqu'au refuge des Oulettes. Nous nous y arrêtons et y commandons une soupe, puis nous mangeons nos provisions. La pluie s'arrête. Le moral remonte d'un cran. Le soleil apparaît, ainsi que la face Nord du Vignemale et le petit glacier des Oulettes. A l'altitude de 2300 m, la neige fait son apparition. Nous ne la quitterons que par intermittence, jusqu'à la Hourquette d'Ossoue, 2734 m s'il vous plaît ! Petite descente de 80 m et nous sommes au refuge de Baysselance (2651 m), où nous avons 5 places de retenues. Merci au refuge des Oulettes de Gaube qui a fait la commission. La montée en tee-shirt et chapeaux de soleil, sur la neige, a favorisé les coups de soleil et la neige molle a rendu l'ascension plus lente, mais tout va bien.

Devant le refuge, séchage et étendage habituels. Le soir, le froid est là, mais nous dînons et dormons à l'abri. Nous rencontrons une famille que nous retrouverons souvent sur le sentier.

 


3 juillet - 7 H 30 - Mercredi

 

Bonne nuit pour nous tous. Nous démarrons vers 9 H pour l'ascension du Petit Vignemale. Au sommet, nous restons trois quarts d'heure pour admirer sommets et glaciers. La descente s'effectue, qui sur les pieds, qui sur les fesses, dans une grande partie de rigolade. Arrivés au refuge nous organisons les sacs et partons pour Gavarnie. Très rapidement, nous perdons le GR recouvert de neige et nous nous retrouvons dans un éboulis instable, très pentu, dans une descente infernale de 150 m. Juste ce qu'il ne faut pas faire !

Le sentier retrouvé, la descente se poursuit jusqu'aux Oulettes d'Ossoue (1900 m), près desquelles nous déjeunons, en compagnie d'une marmotte très civilisée qui accepte de bonne grâce nos croûtes de pain en échange de poses photo, à moins de 3 m !

Pour raccourcir la course, nous décidons de descendre par la route : 8 km de bitume... Abel met le turbo, nous ne le reverrons que 2 h plus tard à Gavarnie. Il est apparemment de plus en plus mal, il cause de moins en moins, tous les jours trempés, ou de pluie ou de condensation, son moral baisse. Nous sommes fatigués. Pierre a de grosses ampoules aux pieds, Bibi un problème de tendon et Cathy un œdème dû au soleil et à la fatigue selon les dires du médecin vu à Gavarnie. Moi, à part la fatigue du jour, çà va. Nous nous installons au camping, peu confortable, face au cirque. Superbe vue. Pierre téléphone à Seilhac. Marie est malade. Soucis !

 


4 juillet - Jeudi

 

A 9 H, nous prenons le taxi qui va nous monter au col de Tende, le Boucharon étant fermé, après avoir loué chacun une paire de crampons.

Nous marchons dans la neige pratiquement tout le temps, jusqu'au refuge des Sarradets. Nous chaussons les crampons et escaladons le glacier de la Brèche de Roland avec l'intention de gravir le Taillon. Mais arrivés à la Brèche, le brouillard est là et le vent souffle fort, ce qui nous oblige à rester peu de temps. Quelques photos et nous sommes sur le retour, vers le refuge. Le chemin prévu pour la descente sur Gavarnie passe par l'Echelle des Sarradets. Mais bien sûr, la neige recouvre le sentier. Bientôt nous nous retrouvons devant un névé très, très pentu. Attention, danger ! Au bas du névé, nous retrouvons pour un temps le sentier que nous reperdons pour nous trouver devant une "désescalade" impossible. Nous sortons cordes et cuissards et passons l'obstacle en rappel ! 1ère fois pour Cathy ! Après ce piège, la descente reste scabreuse. Finalement, nous arrivons au pied du Cirque, face à la cascade, fatigués, rompus, mais il reste encore 3 ou 4 km avant d'arriver au camping !

Les filles très courageuses ont tenu le coup dans cette épreuve très très physique et un peu angoissante pour moi qui me sent responsable de tout le groupe.

Pour nous récompenser de cette dure journée, ce soir nous allons au restaurant, après une douche réparatrice plus ou moins chaude.

Le ciel est très chargé, de gros nuages roulent sur les sommets du Cirque. Le repas très bon, se déroule très bien, mais à l'heure du dessert, l'orage éclate, trombes d'eau, tonnerre... La charmante patronne de l'établissement nous raccompagne au camping. Toute la nuit : orage très fort et pluie battante. La tente d'Abel est menacée d'inondation. Il couche avec Pierre. Cathy nous rejoint, Bibi et moi. Inutile de dire que nous ne dormirons ni les uns, ni les autres, à cause du bruit, de la pluie et du manque de place.

 


5 juillet - Vendredi

 

Je propose, vu la fatigue de tout le groupe que nous ne partions que vers 10 H. Accepté à l'unanimité, les courses étant faites hier, nous partons donc pour la Hourquette d'Allans (2430m). 1100 m à monter ! Le poncho est de rigueur.

Nous déjeunons au refuge des Espugnettes et nous arrivons au Col à 15 h 15. Il pleut. De l'autre côté du Col, le brouillard nous prend et ne nous lâche plus de l'après-midi. Nous montons le bivouac, tentes encore mouillées, au Nord du Lac des Gloriettes. Abel ne cause plus du tout, moral au plus bas, je crains qu'il ne parte écœuré par le temps. Bibi a décidé de partir avec Cathy. Elles sont fatiguées et il faut qu'elles voient un médecin, l'une pour ses jambes, l'autre pour son talon très enflé. Demain nous faisons route sur Luz St Sauveur.

 


6 juillet - Samedi

 

Ce matin, le brouillard est toujours présent mais malgré tout, moins épais. Nous emballons les tentes trempées comme d'habitude. Le soleil revient timidement, nous n'aurons pas de pluie de la journée. Le sentier impraticable, nous prenons la route de Gèdre à Luz : 12 kms. Nous déjeunons sur la place de Gèdre. Un orchestre de "country", joue dans le cadre d'un festival. C'est sympa. Les filles se mettent à danser. La descente sur Luz se poursuit péniblement. Bitume et voitures...

Arrivés à Luz, nous allons au camping, plein centre ville, tenu impeccablement. L'Office du tourisme nous renseigne sur les horaires de départ pour les filles et Abel décide d'acheter une tente avec double toit. Il va chez le pharmacien le plus proche, de quoi soigner sa gorge. Pierre achète un nouveau Poncho car le sien n'a pas supporter les deux journées précédentes. Abel négocie l'achat d'une nouvelle tente. Les filles reprendront la sienne en repartant. Ce soir, il fait froid. La météo annonce neige à 1500/2000 m et pluie en plaine ! Le bouquet !.Abel apprécie son nouvel abri.

 


7 juillet - Dimanche

 

Bibi et Cathy prennent le bus à la porte du camping à 6 H 30. Pierre et moi les accompagnons. Nous retournons nous recoucher ensuite. Le ciel est gris, il "brouillasse". Vers 8 H, au p'tit déj' : "briefing". Nous décidons d'attendre midi pour voir l'évolution du temps. Et nous voyons ! Il pleut et il neige en altitude. Vers 10 H, nous sortons poster les cartes postales et allons à la Maison du Parc pour confirmer la météo. Sans changement.

Au retour, nous achetons un poulet chaud, des pâtes et du râpé. Il pleut. Nous courons pour rentrer. Pendant le repas un vent assez fort se lève et la pluie redouble. Nous nous engouffrons dans nos tentes respectives. Pendant ce temps, tout refroidit ! Repas de gala raté !

Nous passons l'après-midi sous la tente. Pour mon compte, j'ai dormi. Même le tonnerre ne m'a pas réveillé, enfoui dans le sac de couchage, température oblige. Bientôt les filles seront à la maison. Il pleut toujours. Il est 16 H 30. Abel tousse. Pierre bouquine, tout comme moi. J'espère que le moral va tenir. Nous avons deux jours de retard sur les prévisions. Vers 17 H, il pleut moins fort. Nous sortons prendre l'air et un chocolat chaud avec une gaufre. Nous restons une heure au bistrot. Pierre et moi négocions le prix d'un pantalon chacun, car nous nous refroidissons de soirée en soirée. Quand nous rentrons la pluie a repris et la bâche qui abrite la cuisine s'est envolée. C'est le "bins".

Nous préparons 3 assiettes avec le reste du poulet, fromage et fromage blanc, chacun sa gourde de flotte et petit Ricard et... Salut, chacun dans sa tente. Heureusement qu'Abel a investi, sinon il serait reparti en Corrèze, je crois ?... Toute la nuit, la pluie ne cesse.

 


8 juillet - Lundi

 

A 7 H ce lundi matin, il pleut toujours et entre deux nuées, nous apercevons la neige tombée vers 1500 m. Malgré tout, nous décidons de partir sous la pluie, jusqu'à Barèges. Coup de chance, en arrivant, trempés de pluie dessus et de transpiration dessous, nous avons droit à un bon rayon de soleil pendant 2 H. Juste ce qu'il faut pour tout sécher, sur un espèce de terrain militaire désaffecté, envahi par les vipères et interdit au public. Nous restons cependant au gîte "l'Oasis" pour se refaire une santé et faire remonter le moral.

Nous prendrons une demi-pension, ce qui nous permettra de partir de très bonne heure en en bonne forme pour Barèges. Dans l'après-midi, nous traînons nos grosses godasses en ville. Cafés et pâtisseries nous font passer un moment. Ensuite, douche chaude dans la chambre pour 5, mais où nous ne serons que 3, à bien rire, car en m'asseyant sur mon lit, je me retrouve sur le sol.

 


9 juillet - Mardi - 6 H

 

La montre sonne. Nous sommes tous les trois debout en même temps. Petit déjeuner au réfectoire et à 7 H en route, lestés de boules de pain, qu'Abel (qui a retrouvé bon moral) a été cherchées avant le départ.

Miracle ! Le ciel est superbe. Toutes nos affaires sont sèches, tout va pour le mieux. Nous suivons la route jusqu'au pont de Gaubie. Puis le GR 10 nous invite à gravir son long ruban vers la cabane d'Aigues Cluses (2150 m).

Dans la neige, nous atteignons le Col de Madamète (2509 m) et là, nous entrons dans la réserve de Néouvielle. Ensuite, la descente sur les lacs, très difficile parmi les blocs énormes garnis de neige. Maintenant, il fait très chaud et de nouveau, nous sommes torse nu sous le soleil. Nous avons maintenant en contrebas les superbes lacs d'Aubert et d'Aumar.

Les 23 kg des sacs commencent à se faire sentir. Il est temps que nous arrivions au bivouac du lac d'Aubert, sous le barrage, parmi les bouses de vaches et le crottin de cheval qu'il faut un peu écarter pour peser les tentes. Ce soir, il y aura une vingtaine de tentes.

Depuis ce matin, Pierre a mal au genou et à la cuisse. Trois fois, il a trébuché dans les blocs, sans gravité. Il a l'air un peu fatigué.

Abel lui, a la pêche. Il a retrouvé sa voix et marche en tête comme une locomotive.

Nous profitons du soleil jusqu'à 19 H 45. Après c'est la fraîcheur. Les pantalons sont les bienvenus pendant le repas. La nuit s'annonce belle.

 


10 juillet - Mercredi - 6 H

 

Debout ! Pierre tarde un peu. Je le trouve fatigué. Ses pieds ne guérissent pas. De plus, je sais qu'il aimerait traîner dans cette région superbe, mais le temps passe vite.

Nous partons vers 8 H pour une longue et très jolie descente jusqu'au lac d'Oredon. Magnifiques, tous ces laquets enchâssés entre rocs et rhododendrons ! Nous arrivons au parking du lac vers 11 H (1856 m). Maintenant que nous avons bien descendu, nous remontons au Col d'Estoudou (2260 m), très rude, pour enfin avoir le plaisir de déjeuner au bord du lac de l'Oule (1819 m).

Déjeuners, séchage, petit repos et nous voilà repartis, Abel en tête, qui disparaît bientôt de notre vue. Il est 14 H 30. Pierre boîte un peu. Les pansements que je lui ai posés ce matin ne tiennent pas. Il transpire beaucoup et de ce fait, les ampoules collent aux chaussettes. Parfois, il laisse échapper un juron. Son moral est à la baisse.

Nous arrivons à la bifurcation du GR 10 et GR 10C. Abel n'est pas là. Nous posons les sacs. Plusieurs personnes nous disent l'avoir vu sur le GR 10C, marchant le nez dans les godasses. Nous l'attendons peut-être 1/2 H. Ne le voyant pas revenir, nous prenons la décision de le retrouver et après étude de la carte, nous prendrons un autre chemin pour rejoindre St Lary, notre étape de demain. Nous le rejoignons au refuge du Bastanet, au bout d'une heure, où il s'apprêtait à faire demi-tour, s'étant aperçu de son erreur, après renseignements au refuge.

Notre route passe maintenant par un col à 2400 m, sans nom, sous le Pic du Bastan. Pierre, de rage met le turbo. Le sentier est très raide à monter et surtout à descendre ; peu marqué, très dangereux, à plusieurs reprises. De plus, la route est longue pour enfin trouver un bivouac à peu près confortable près d'un torrent (Le Lavédan). Mais le brouillard très épais est là, en même temps que nous, avec le froid et l'humidité. Abel râle un peu car il veut monter sa tente là ou il est. Pierre trouve que c'est mieux à 100 m de là. Tout finit par s'arranger. Nous campons où est Pierre. Ce soir, c'est l'hiver. Il est 18 H 30. Nous finissons notre repas en grelottant. Pas de toilette encore aujourd'hui ! Sauf pour Abel. Nous commençons à sentir le bouc. Nous rentrons bien vite sous nos tentes avec un quart de thé au citron fumant.

 


11 juillet - Jeudi - 7 H 15

 

Au réveil, le ciel est clair. Départ à 9 H. Toujours trop long le matin ! Abel et moi attendons patiemment que Pierre soit prêt. Il est vrai que nous deux n'avons pas de pansements, à nous faire... Mais enfin !... Nous continuons la descente de cette vallée immense et nous arrivons à Aulon vers 11 H 30. Puis, après avoir bu un coup (cher) au bistrot du village, (1180 m), nous reprenons la route qui nous mène au Col (Cap de Pède - 1635 m) et nous redescendons sur Vieille-Aure- St Lary, après avoir déjeuner au Col. Nous faisons les courses à Vieille-Aure au supermarché. Nous mangeons sur place des fruits intransportables dans les sacs et offrons un demi kilo de sucre en trop à la famille qui nous suit depuis Beysselance, malgré des chemins différents.

Nous sommes fatigués, après cette immense descente de ce matin et de cet après-midi (peut-être 15 km) mais il faut malgré tout remonter à Azet, but de l'étape. Il fait très chaud à Bourisp. Nous pouvons boire et nous rafraîchir à volonté à la fontaine de la place. Je commence à être crevé aujourd'hui. Je téléphone mais personne n'est à la maison. Pierre téléphone à Cathy qui donnera des nouvelles du groupe. Nous continuons le GR pour chercher un bivouac. Nous en trouvons un marqué "propriété privée", "défense d'entrer" avec un abreuvoir devant une grange entourée de ficelles, de barbelés. Nous sommes observés à la jumelle par son propriétaire, sans doute en permanence, car sitôt les tentes montées, le voilà qui arrive. Petite discussion bon enfant et, vu que nous avons tous les trois un "âge raisonnable", il nous donne l'autorisation de passer la nuit. Heureusement car ensuite sur des kilomètres à la ronde, nous n'en aurions pas trouvé.

La soirée est douce et le terrain trop pentu. Chacun de nous prend un Temesta avec son thé et au lit à 21 H 30.

 


12 juillet - Vendredi

 

Toute la nuit, chacun de nous a essayé de s'accrocher à sa tente pour ne pas se retrouver dans la vallée en dormant "en pointillé" (comme le dit Pierre). Levés à 6 H 15, nous démarrons à 7 H 30 après un petit déj' réconfortant, quoique banal. Nous montons au col d'Azet, Pierre traîne un peu. Il souffre le bougre, mais n'en dit rien. Nous le voyons à son rictus. A 11 H, nous sommes à Loudenvielle, village très sympa. Nous complétons notre ravitaillement, passons le village de Germ (1339 m) et continuons jusqu'à un vaste replat à 1600 m. C'est une espèce de cirque avec de nombreuses cascades. Il est 16 h 30 (pour une fois !) et il fait très beau.

Nous mettons les tentes à sécher et... tout le monde à poil. Il n'y a que nous (et l'appareil photo). C'est la grande toilette dont nous avons tous trois grand besoin mais aussi la lessive après 4 jours sans. Au début, l'eau qui coule d'un névé paraît glacée, mais au fil des minutes, ça va. Le soleil sèche tout très vite. Abel retire une tique à la hanche de Pierre et nous buvons notre Pastis quotidien au soleil. Il est le bienvenu car plusieurs litres d'eau ingurgités dans la journée, ça finit par lasser...

Il est 18 h 30. La famille campe près de nous. Ils allument du feu et font griller des saucisses. Nous dînons : soupe, pâtes, fromage, crème vanille (repas répétitif...). Chacun rentre son linge vite séché. Nous sommes bien bronzés, mais seulement les endroits exposés, donc à poil, nous avons des allures de zèbres à bandes larges.

 


13 juillet - Samedi

 

Abel sonne le rappel à 6 H 15. A 7 h 30, en route. "Progrès", 400 m de dénivelée devant nous, mais nous les grimpons à l'ombre. A 9 H, le problème est réglé malgré 2 arrêts "caca". Hier, en un seul arrêt, tous les trois étions soulagés, mais aujourd'hui !... En arrivant au Col, Pierre va baisser le short à son tour, et pendant ce temps, j'observe une hermine. Pierre, prévenu, reprend la position verticale, défouraille le canon et se met en planque. Sur la diapo, plus tard, nous verrons une vague "tâche sauteuse".

A 11 H 20, nous arrivons aux granges d'Astau. Nous avons très bien marché, sauf Pierre qui a l'air de souffrir de son genou gauche, mais têtu comme une mule, il ne veut pas prendre de calmant ni d'anti douleurs. Il nous faut maintenant 1 h 30 pour monter au lac d'Oô, parmi les touristes en tennis et en robe. On en a même vu en talon dans la caillasse du chemin, suant sang et eau pour aller casser une petite graine au bord du lac, superbe quand il est plein, mais là malheureusement à moitié vide. Après le repas, nous rencontrerons surtout des randonneurs qui comme nous, montent au refuge d'Espingo pour gagner le Portillon sur la frontière. Nous bivouaquons entre le refuge et le lac d'Espingo à 16 h 30. Nous montons les tentes. Les nuages sont à quelques mètres au-dessus du site et nous ne voyons pas les sommets.

Quelque temps plus tard, mes deux partenaires font du zèle et vont se laver au torrent en contrebas. Après les réactions de chacun d'eux, je me décourage totalement et garde ma crasse du jour pour me tenir chaud. Nous avons fait aujourd'hui 2200 m de dénivelée. C'est "ben beaucoup" ! 2000 m en moyenne chaque jour ! Cet après-midi, Pierre montait bien et Abel tirait un peu en arrière, moi ça allait mais en arrivant au bivouac, j'étais ravi d'arrêter. Tout autour de nous, un immense cirque avec ses névés et ses cascades apparaît, sous un chapeau de nuages gris et froids, comme d'habitude :! Nous nous coucherons de bonne heure après avoir mangé pâtes, œufs, fromage, crème chocolat, comme d'habitude ! Il pleut trois gouttes mais ensuite les nuages se déchirent quelques minutes et nous laissent entrevoir les sommets qui nous environnent ainsi que les cascades supérieures. C'est magnifique et furtif à la fois. La nuit sera fraîche et nous dormirons bien.

 


14 juillet - Dimanche

 

Abel nous réveille à 6 h 15. Il est déjà en train de préparer les tartines. Il est totalement intégré à la rando. En 15 jours, il a tout appris et a eu toutes les misères : trempé, humide, malade, fatigué, maintenant il a une super pêche. Quant à Pierre, toujours pareil à lui-même : du mal à se lever et attention, quand il l'est, ne pas confondre vitesse et précipitation. Il sera toujours le dernier qu'on attendra jusqu'au départ. Mais on lui pardonne car il a beaucoup d'humour et accepte toutes nos plaisanteries et sarcasmes. Et comme il est très bon navigateur et photographe, nous le gardons avec plaisir. En attendant, à 8 H, nous quittons Espingo pour retrouver le GR 10 et faire la très longue ascension du Col de la Hount Sec (2275 m) direction le soleil et puis le Col de Oume de Bourg avec trois faux cols à la clef. Ca n'en finit pas de grimper, mais enfin nous y sommes. Et, après avoir grimpé, bien sûr, la très très, très longue descente sur Luchon. 3100 m de descente, heureusement pas trop raide. Nous arrivons crevés en ville avec beaucoup de monde et de bruit. Au premier boulanger, nous achetons pain et pains au chocolat. Puis nous allons à l'Office du Tourisme prendre les renseignements pour le départ d'Abel qui a décidé depuis trois jours d'arrêter ce soir la plaisanterie.

Devant le supermarché, nous retrouvons la famille. Nous faisons quelques provisions pour Pierre et moi car nous avons encore deux jours à tenir. Nous nous dirigeons ensuite vers le camping près de la gare. Ce soir, nous allons au resto bien mérité. Nous dévorons avec plaisir, accompagnée d'une bouteille de vin, une super tendre entrecôte "sauce au poivre". Abel paye l'addition. Merci Abel.

En rentrant au camping, nous nous arrêtons pour admirer ce très beau feu d'artifice sur fond de montagne et musique viennoise et... au lit ! Aucun de nous ne dormira bien, fatigue, repas plus copieux, bruits de voitures et motos... Nous dormons mieux en compagnie des isards !

 


15 juillet - Lundi

 

A 6 H 30, debout ! Je réveille Pierre et nous prenons notre dernier petit déj' avec Abel qui prend le train vers 11 H. Puis nous faisons les sacs. A 8 H 30, je réveille ma petite famille que je n'ai pas eu hier au téléphone. Pierre, hier soir, a tenté de rassurer sa Maman car depuis qu'il est parti, elle le voit dans la gueule de l'ours avec sac et bâtons.

Nous sommes à 620 m. Un col à 2093 m nous attend pour l'avant-dernier jour ! Adieu Abel ! Nous prenons la route qui bientôt se transforme en sentier qui monte, qui monte puis qui devient piste un peu moins raide. N'empêche, en montée cumulée nous allons gravir 2570 m jusqu'à la borne 400 à 2100 m... Nous en avons marre tous les deux. La fatigue est là maintenant mais il faut redescendre 100 m, remonter 120 m pour passer un collet et se retrouver dans la vallée qui va nous conduire à Fos, notre destination. Le bivouac que je propose à Pierre ne le satisfait pas. Bouses, crottins, etc... "Môssieur" veut du clean. "Regarde plus bas, c'est super plat ! Allez viens !". Je m'exécute, pour finir, après avoir pataugé dans la flotte, trébuché dans les rhododendrons et les hautes herbes, sans parler de la caillasse. Nous établissons un piètre bivouac, sur un terrain complètement labouré par les sangliers et à moitié humide, où nous dormirons tant bien que mal, la tête en bas, les pieds en l'air ! Nous sommes à 1700 m, exposés plein Est, ce qui veut dire Soleil au lever garanti, assure Pierre.

 


16 juillet - Mardi

 

Grand soleil sur le bivouac. C'est la première fois que nous sommes exposés du bon côté. Pierre est réveillé avant moi. Selon ses dires, je ronflais (étonnant !) comme un bienheureux. Petit déj' au soleil. Ce matin, nous sommes cool. Nous avons tellement marché hier qu'il ne reste plus que 4 H de marche, de descente plus exactement pour arriver à Fos. Tout baigne pour que la journée soit agréable. Vers 15 H, le copain de Pierre sera à Fos pour nous récupérer et nous emmener chez lui. C'est une fin de rando idéale : douche chaude, apéritif, bon lit... Allons, allons Roger, tu rêves, t'anticipes !

Donc, après avoir pris notre temps pour sécher les tentes et faire les sacs, nous démarrons à 9 h 30, retraversons tout le "Bartas" d'hier, retrouvons le GR 10 à 9 h 40. Sur un premier pavé, Pierre trébuche et une minute plus tard, il choisit une dalle de granit suffisamment grande pour recommencer et s'écraser le genou gauche dessus. Il est à ce moment sur mes talons. Le juron qui lui échappe me fait retourner instantanément. Il part dans la pente, j'agrippe le sac, me jette à terre et le bloque. Il s'affale sous le poids de son sac. Je largue bâtons et sac sans lâcher le maladroit, passe au-dessous de lui pour lui éviter la glissade. Il largue son sac à son tour que j'arrive à balancer sur le chemin. Et à ce moment, comme tous ces événements ont l'air de l'ennuyer profondément, il me quitte quelques longues secondes pour retrouver sans doute quelque déesse des montagnes. Mais moi, à ce moment (c'est bizarre), je n'ai pas envie d'être seul. Alors quelques baffes, gauche, droite (j'en profite, hier soir il m'a emm...) en lui parlant fermement, font que son regard un peu vague, rencontre de nouveau le mien. Du côté de la tête, soulagement, mais côté genou ? Grosse douleur. Cassure ? Pas cassure ? Au bout d'un moment, premier essai, après avoir regagné le sentier sur les fesses. Pas cassé, ouf ! Les secours sont à 4 H de mauvais sentier !

Dieu merci, dans l'adversité, je trouve des ressources de secours. Je prends 6 ou 7 kgs de plus dans le sac et en route, clopin-clopant vers le bas de la vallée. Nous arrivons à Fos épuisés, lui par la douleur et moi par le poids du sac, malgré les vitamines trouvées dans les fraises de bois ramassées en route. La première maison à l'entrée du village, c'est une Chapelle. Son ombre nous accueille. Nous posons les sacs. Après une petite pause, Pierre va appeler Dominique, son ami. Il se leste d'une Coramine et s'appuie sur ses deux bâtons. Au bout d'un moment, je m'inquiète de ne pas le voir revenir. Mais il arrive en voiture. Un Monsieur sympa le ramène, prêt à retomber dans les pommes. En attendant, toutes ces aventures m'ont creusé. J'ouvre une boîte de salade au thon et la dévore devant le regard d'un randonneur abattu et épuisé (j'ai honte !).

Sur ce, Dominique arrive. Nous montons avec beaucoup de précautions le blessé dans "l'Espace" et en route pour l'hôpital de Lannemezan. En arrivant, le fauteuil roulant attend le patient, direction la salle de radio. Une demi-heure plus tard, il ressortira appuyé sur un seul bâton, en s'appuyant sur mon épaule, le fauteuil n'étant réservé qu'aux entrées. De plus, ce n'est pas grave, il n'a qu'une entorse !!!

Nous sommes très bien reçus chez Dominique, comme je l'ai rêvé : douche, apéro, tarte, barbecue... et chaise longue pour mon partenaire. Dîner sur la terrasse avant de très mal dormir dans un lit sûrement trop souple et n'ayant pas l'odeur des bouses et du crottin de montagne. Ce soir, à Montréjeau, le ciel est totalement étoilé par les mêmes étoiles qui se reflètent dans les nombreux lacs croisés pendant cette superbe rando, et qui nous ont si bien enchantés...

 


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