Le Tour du Mont-Blanc

 


Samedi 23 Aout 1997 Les Contamines Monjoie 1170 m

Montée : 1900 m

Descente : 1700 m

 

Ca y est : nous y sommes. Nous en parlions depuis longtemps. Mais je ne pensais pas me décider à partir. Puis, finalement, après beaucoup d'hésitations, j'ai fait mon sac. Je n'ai pas préparé la rentrée, (je ne sais même pas quand est la rentrée), je n'ai pas fini le puits que j'ai entrepris de construire. Mais je ne me supportais plus à Seilhac, commune autrefois sympathique dans laquelle j'ai vu le jour, mais aujourd'hui de plus en plus décevante.

A vrai dire, le TMB (lisez le Tour du Mont Blanc) ne m'attirait pas. Et ce n'est pas le livre que m'a fait lire Roger qui m'a fait changer d'avis. Alors, comme pour tout ce qui ne me plaît pas, et vous connaissez la limite de mon objectivité, je ne vais pas manquer de critiquer.

Vendredi matin, lever à 6 h après une mauvaise nuit de trop. Chargement des affaires, sac de 25,5 kilogrammes malgré un duvet de moins de 1 kilo acquis récemment, et qui, je pensais, devait faire chuter le poids de mon sac.

Je passe chercher Roger avec cinq minutes de retard. J'ai déjà préparé les excuses, car je ne supporte pas d'être en retard. Je trouve cela d'une très grande impolitesse. Mais tout est clos. Cela ne ressemble pas à Roger, toujours plus ponctuel que moi. Il émerge soudain, n'ayant pas entendu son réveil. Cela commence bien. Nous chargeons ses affaires (24 Kgs) et prenons le pain chez le boulanger local. Un soupçon de honte m'envahit quand je vois Hubert et Pierre, deux vieux amis partir au travail. J'en profite vraiment trop en cette fin d'été. Il est 8 h. En voiture. Je me permets de doubler Pierre entre Seilhac et Naves. Comme quoi, les touristes sont plus pressés que les travailleurs.

A 12h30, nous arrivons à Chambéry et prenons le repas du jour dans une brasserie. Nous nous faisons avoir au moment de l'addition, mais c'est coutumier aujourd'hui. Il convient d'accepter de subir des malveillances et de s'estimer heureux...

Nous poursuivons la route en passant devant chez Brigitte, que curieusement, Roger, son père, n'a pas prévenu de notre passage. Nous rejoignons Saint Gervais et la vallée de Chamonix, en empruntant de petites routes au milieu des vignobles savoyards. Alberville, Megève, Saint Gervais, Les Houches. On plante la tente à 17 h au camping des Houches, calme (le camping) et un peu sommaire.

L'arrivée dans les Alpes est une première déception. On s'attend, après Lyon, à approcher un massif montagneux impressionnant, comme on peut l'imaginer en voyant une carte de géographie en relief. Il n'en est rien. A l'est de Lyon : une grande plaine et pas la moindre montagne à l'horizon. Pire, l'autoroute descend lentement vers la Tour du Pin. Il faut attendre le lac d'aiguebelette pour voir une première barrière rocheuse et quelques kilomètres après pour apercevoir, juste avant Chambéry, le massif des Bauges.

Après, vers Montmélian, Alberville, des monts, mais rien d'impressionnant. Il est vrai qu'une brume de beau temps dresse un voile bleuâtre, rendant les chaînes imperceptibles, fondues avec l'horizon et moins imposantes.

Ensuite la route emprunte des défilés étroits et embouteillés, pour rejoindre Megève puis Saint Gervais avec une vue sur Sallanges, ville extrêmement industrialisée.

Tout ça, c'est loin de ressembler aux Pyrénées !

Deuxième déception : La vallée de Chamonix aux Houches, avec une voie rapide aboutissant au tunnel du Mont Blanc, des villages se touchant les uns les autres et une voie de chemin de fer. Au pied de l'aiguille du Midi, c'est peut-être grandiose, mais ni serein ni sauvage. Et le bruit ! Un bruit non-stop, nuit et jour, des milliers de voitures et poids lourds circulant vers l'Italie. Ce bruit languissant, abrutissant, envahit toute la vallée. Et au camping des Houches, il est difficile de se croire en pleine montagne, même à trois heures du matin.

Couchés à 21 h le vendredi soir, levés à 6 h après une mauvaise nuit. Mon nouveau duvet en plumes d'oie a l'air chaud. J'ai transpiré une partie de la nuit, et dormi hors du duvet l'autre partie. Quand je dis dormi, c'est faux : le bruit m'en a empêché.

Donc, une fois n'est pas coutume, j'étais le premier levé à 6 h pour plier et préparer le petit déjeuner. Difficile de plier le double toit trempé par la condensation (deux hommes, ça fait de la vapeur d'eau).

A 7h30, on charge les sacs trop lourds, on laisse l'Audi au camping en espérant la revoir, et en route. Non, en cabine, car je fais une concession et accepte que nous prenions le téléphérique pour monter à Bellevue (1800 m). Tarif vermeil pour Roger, mais refusé pour moi malgré mon crâne dégarni. L'hôtesse est charmante, elle m'a pris pour un jeune ; c'est de plus en plus rare !

Nous recherchons le sentier à Bellevue, traversons la voie à crémaillère du TMB (Tramway du Mont Blanc) qui grimpe au refuge de l'aigle. Il y a beaucoup d'amateurs pour l'ascension du Mont Blanc. Ils montent le premier jour au refuge du goûter à 3817 m d'où ils partent le lendemain à 2 heures du matin pour gravir le Mont Blanc à la queue leu leu. Ils seront de retour à 10 ou 11 h après la photo.

Nous prenons le sentier, très bien marqué, et balisé par de rares panneaux en bois gravé. Nous franchissons la passerelle au pied du glacier de Bonnassay.

C'est laid un glacier, c'est sale, couvert de roches et de sables noirâtres. De temps en temps, un bruit assourdissant rappelle qu'un glacier, ça avance, ça se casse et c'est dangereux.

Nous montons vers le col du Tricot à 2120 m. Je peine dans la côte. Roger est loin devant, mais une gastro de trois jours m'a coupé les jambes. Bientôt, il fait très chaud. Le sentier accueille beaucoup de monde, des gens partant pour la journée, et passant d'une vallée à l'autre. Le remarquable service de cars de la région les rapatriera le soir à leur véhicule. Arrivés au col, on domine la vallée et le glacier de Miage. Finalement, il y a des glaciers partout. La descente du col du Tricot au village de Miage est horrible. Mes genoux sont encore dans un sale état depuis les Pyrénées et j'ai déjà peur de chuter comme en 96 à Fos. Nous avons pourtant fait sécher la tente un peu avant le col.

Miage est un village sympathique à 1500 m d'altitude, avec des chalets de rondins de mélèze, des toits en bardeaux du même bois, des gouttières taillées dans des branches, des pots de fleurs taillés dans des billes de bois. C'est magnifique. On se croirait dans un dessin animé de Walt Disney. Nous passons devant un refuge, gîte d'étape. Bien sûr, l'eau ne coule pas dans la cour. Pour en avoir, il faut consommer. Nous sommes dans les Alpes, plus dans les Pyrénées !!!

Repas sur le pouce, à l'ombre d'un chalet, à proximité de dizaines de 4x4 provocateurs, puis nous repartons vers le chalet du Truc à 1800 m. La côte est difficile sous un soleil de plomb. Rien d'exceptionnel en haut, sinon la vallée des Contamines Monjoie, vallée en cul de sac, mais surpeuplée. Des chalets partout, des locations, des dizaines de restaurants. 1h50 de descente de route forestière, 1 h sur le bitume fondant, au ras des voitures, presque des embouteillages, curieux pour une vallée cul de sac ! Que de monde !

On arrive au camping à 16 h. Trois étoiles. Soixante-quatre francs en liquide, sans ticket, rien à voir avec le prix affiché, curieux !!! La douche est excellente. Tout est propre. C'est parfait pour ce soir. Je fais le tour du centre de loisirs proche, un club house avec une carte de menu aguichante, mais Roger ne veut pas en entendre parler. Alors, ce sera nouilles au parmezan, jambon, oeuf...

 


Dimanche 24 août : chalet des Motets 1870 m

Montée : 2700 m

Descente : 2000 m

 

Dure journée que celle d'aujourd'hui. En tout cas, elle se termine mal. Nous voilà obligés de coucher en refuge avec 30 m de bas-flancs alignés, environ 50 cm par personne. La nuit va être agitée. Encore du bruit en perspective. Décidément, si les Pyrénées représentent le calme, la quiétude, la solitude, la sérénité, le côté sauvage, les Alpes n'apportent que circulation et civilisation à outrance, bruit, chalets refuge tous les 4 ou 5 km, parfois moins, et monde partout. De tout monde ; pas des discrets, plutôt des beaufs, criards, sans gêne, avec des chiens en liberté (c'est pourtant interdit dans les réserves). Roger s'est même fâché au col de la Croix du Bonhomme. Un gros chien venait marcher sur nos maillots et duvets en train de sécher au soleil.

Levés à 6 h ce matin, après une nuit bruyante. Encore des beaufs qui se disputaient à tue-tête dans leur tente à 3h30 de la nuit.

Matin froid et humide. Tente et double toit trempés comme d'habitude. Un kilo ou deux de plus à traîner jusqu'au moment où nous ferons sécher la tente lors de l'arrêt de 10 h.

On quitte le camping vers 7h25 et on se dirige vers Notre Dame de la Gorge à 20 mn. Une grande chapelle peinte en blanc avec des scènes sur les murs et les avant toits, typique d'ici.

Puis le sentier s'élève et montera sans arrêt jusqu'au col des Fours à 2670 m.

1500 m de montée qui viendront à bout de Roger. D'abord une voie largement empruntée par des 4x4 : la voie romaine, tantôt pavée, tantôt caillouteuse ou même bétonnée.

On passe devant des torrents, des villages perdus dans la montagne, des herbages, des gîtes, des refuges : Nant-Borrant, la Balme, la Croix du Bonhomme, la Ville des Glaciers.... les Mottets.

Une grimpette sans fin donc. Un paysage de montagne, sans plus.

Beaucoup de monde jusqu'aux lacs Jovet. Un peu moins après. Des groupes de dix, quinze, vingt personnes, quelques couples et des gens peu chargés, passant un col et rentrant en car au point de départ. Pas des vrais ! Peu avec des tentes. La plupart ont moins de quinze kilos sur le dos et vont de refuges en refuges.

Déjeuner au col de la Croix du Bonhomme à 1550 m où nous nous accrochons avec un propriétaire de chien. Roger s'endort presque et veut rester à ce refuge. Mais il n'est que 12h30 et je souhaite avancer au lieu de perdre une demi-journée ici. Roger fait la moue mais redémarre. Il va râler de plus en plus souvent. D'autant plus que l'on manque d'eau. Pas de source, et des torrents dont on n'est pas sûr de la qualité de l'eau.

Arrivés au col le plus haut (col des Fours à 2670 m), je propose à un groupe de trois marcheurs de les prendre en photo. Ils nous rendent la monnaie en nous photographiant devant le Glacier des Glaciers.

S'ensuit la longue descente vers la ville des Glaciers. Nous franchissons des torrents tombant le long de gigantesques dalles en marbre. Quelques cris de marmottes, mais aucune ne daigne se montrer. Aucun chamois, pas plus de bouquetins. Un désert.

Roger traîne et râle de plus en plus. Il a horriblement mal aux pieds et trouve que l'on a trop marché. Arrivés en bas, ne voyant pas d'endroit pour bivouaquer, il regrette de ne pas avoir cherché un coin en haut, dans les pâturages. Il râle ainsi jusqu'au chalet des Motets.

Là, comme il l'avait prédit, "interdit de camper". Il va donc réserver deux places au gîte. Vu sa tête, on voit bien qu'il est en colère et de mauvaise humeur. Pour moi, il n'y avait objectivement aucun moyen de faire autrement.

Nous nous installons donc au refuge, douche ( à 10 F les 3 mn) et séchage au soleil.

Roger, décidément poursuivi par les chiens, a encore un problème. Un chien vient pisser après sa serviette en train de sécher au soleil. Ce n'est pas ce qui va le rendre de meilleure humeur ! On va prendre le repas. Serrés les uns contre les autres, j'avoue ne pas être trop mal placé... Mais les deux filles qui sont à nos côtés ont un chien chacune. Je ne vous décris pas la tête de Roger. Repas copieux. Je goûte même une spécialité : la polenta, une espèce de Maïzena sans goût... Mais le reste est bon et copieux : bœuf bourguignon, riz, courgettes... 160 F la 1/2 pension, ça va. La serveuse essaye de jouer deux airs sur un vieil accordéon en suivant une partition. D'après nos voisines, il en est ainsi tous les soirs. Je négocie une réduction du montant de la pension en échange de quelques morceaux de bourrée auvergnate. Roger m'encourage et promet de chanter. Erreur ! J'aurai dû faire preuve de plus de modestie. L'accordéon a un clavier main gauche italien, inversé par rapport à celui dont j'ai l'habitude. Le résultat est des plus mauvais. Si la mélodie, main droite, est acceptable, l'accompagnement, lui, est catastrophique. Je rends le matériel, honteux et retourne à ma table. Je n'aurai pas de réduction. Allez, bonne nuit !

 


Lundi 25 août : 18 h Camping de Cuigon, Vallée du Miage à 4 km de Courmayeur. Alt. 1537 m.

Montée : 1250 m

Descente : 1580 m

 

La nuit s'est bien passée. Quelques adolescentes ricanent bêtement jusqu'à 22 H, mais après ça va. Pas de bruit, pas de ronfleur, pas d'odeur... Lever à 6 - 7 H. Tout le monde est debout. Nous déjeunons copieusement, très copieusement, au refuge. Je me poudre les pieds (qui se comportent plutôt bien, merci, enfin... pour le moment !) et en route.

Il faut monter au col de Seigne à 2516 m. Ca monte bien, mais le sentier est agréable et il ne fait pas chaud à 7 h 30. Il faut même mettre la veste pour se protéger du vent d'est un peu frisquet. 300 m plus haut, mon intestin décide enfin de se libérer depuis cinq jours. Ouf ! Ça va mieux. Mais, en rangeant le sac, mes jumelles se permettent de faire une petite balade dans une pente et s'arrêtent 50 m plus bas dans le cours d'un petit torrent. Je les récupère trempées. L'eau a pénétré à l'intérieur. Rien pour les démonter. Je les mets au soleil sur le sac en espérant qu'elles finiront par sécher et qu'il n'y aura pas de mal.

Nous repartons. Quelques photos des glaciers à quelques centaines de mètres de nous et nous arrivons au col à 9 H 30.

Nous sommes à la frontière et je mets les pieds en Italie pour la première fois. Nous nous faisons prendre en photo par un couple, jetons un dernier coup d'œil vers la Vallée française et entamons la descente qui est assez agréable. Nous passons par des anciens postes de douane sans doute, désaffectés et presque en ruines, prenons un rapide casse-croûte (barres vitaminées) près d'un torrent, admirons une installation de traite de montagne mobile. Une remorque pour bloquer les vaches et brancher la trayeuse électrique, une autre pour le traitement de lait, un groupe électrogène. Tout a été acheminé ici en tracteur sans doute, à 2300 m d'altitude.

A l'extrémité d'une plaine (vallon de la Lée blanche), nous arrivons à un ancien village, aux maisons couvertes de terre et de pelouse, et au refuge Elisabetta Saldini. Nous sommes au pied du glacier de la Lée blanche. C'est impressionnant. Nous avalons quelques poignées de myrtilles alors que deux hollandaises, rencontrées la veille au chalet, s'enfilent un gros sandwich chacune à deux pas de nous.

Nous descendons vers le lac de Courbal, presque asséché et au pied d'une immense moraine glacière formant une digue de 150 m de haut et quelques kms de long, au pied du glacier du Miage, grandiose !

Là, plusieurs possibilités s'offrent à nous. Roger qui veut s'arrêter au plus vite, choisit de descendre par la route vers les campings qui sont à une heure ou deux. J'obtempère sinon Roger va me refaire une crise comme la veille. La route semble interminable et très fréquentée par des touristes italiens. Heureusement, les véhicules sont interdits sur une bonne partie.

Nous pique-niquons au bord du torrent aux eaux bleuâtres caractéristiques des glaciers. Jambon de Seilhac dégusté dans la vallée d'Aoste, (c'est un comble !), fromage de Cantal et... c'est tout. Nous remarquons quelques odeurs de fuel ou de kérosène, déjà senties en montagne en France et inexplicables. Roger pense que c'est dû aux avions qui sont nombreux, c'est vrai, et qui passent à basse altitude. En fait, nous apprendrons plus tard, que les avions larguent leurs restes de kérosène avant d'atterrir sur les aéroports de montagne en Suisse et en Italie. Joli procédé !

Nous repartons. Arrivés à la cantine de la Visaille, la route est accessible aux voitures. Je propose une variante tracée en pointillés sur la carte, qui remonte un peu au Nord vers le refuge Monzinon pour suivre la rive gauche du torrent : La Dôme jusqu'au camping de Penteny. C'est sans doute très agréable. Nous remontons dans les moraines glaciaires vers le jardin du Miage et prenons un sentier à droite qui semble rejoindre la rive espérée.

Mais, en longeant le torrent, énorme, puissant, violent, nous nous rendons compte que la passerelle a été emportée. C'est sans doute ce qu'il y avait d'indiqué sur une feuille de papier, en italien, au départ du sentier ! Un alpiniste redescendant, nous indique que l'on peut passer 500 m plus haut.

Nous longeons le torrent, escaladons de hauts rochers (il n'y a plus de sentiers) et arrivons sous la langue du glacier d'où jaillit le torrent. C'est grandiose. Mais pour passer, il faut escalader le front du glacier d'où se détachent en permanence d'innombrables rochers. Cela nous semble trop dangereux sans équipement et avec nos sacs. En plus, il se met à pleuvoir. Nous essayons de rejoindre le sentier touristique du jardin de Miage en coupant par la forêt de pins. La progression est difficile mais nous y arrivons et retournons au point de départ. Deux heures perdues, de la fatigue en plus, mais quel spectacle !

Nous suivons la route sous une pluie fine jusqu'au premier camping. Roger ne veut pas aller plus loin. C'est calme, grand. L'accueil se fait dans un français parfait. 65 F environ (18 000 lires). Nous nous installons. Roger se ramène avec 2 bières.  Lessive dans la salle destinée à la vaisselle (on se le fait reprocher en anglais) et douche chaude. C'est bon.

J'écris ces quelques mots dans un fauteuil de camping emprunté à l'accueil, tourné vers un mur de 1500 m de haut, dressé à 400 m de nous (le Mont rouge de Penteray). Roger, après avoir écrit lui aussi ses impressions, commence la cuisine au milieu des colchiques.

Hé bien non. Changement. Alors qu'un Israelien vient nous demander de consulter notre carte, la pluie qui avait cessé à notre arrivée, repart de plus belle. Il faut tout ranger en vitesse : le linge installé sur la corde, la cuisine, les chaussures, l'apéritif, les cacahuètes... C'est parti pour durer... Il faut que je téléphone à Seilhac car Marie, mon amour de petite fille, doit attendre mes impressions sur son petit mot glissé dans mon sac à photos. Elle m'avait demandé de ne pas l'ouvrir avant deux jours. Elle me recommande d'être prudent et m'a dessiné un magnifique Saint-Bernard, qui me dit espérer ne pas avoir à nous porter secours.

 


Mardi 26 août : Refuge Bertone 1980 m

Montée 900 m

Descente 450 m.

 

Courmayeur : 14 h . Ce n'est pas l'étape du soir, mais je profite du séchage de la tente pour sortir mon carnet.

Nous avons donc appelé Seilhac, hier soir, mais il nous a fallu une bonne 1/2 heure pour comprendre que le numéro devait commencer par 00 33 55 .... La carte a vu ses unités défiler à une vitesse faramineuse, ce qui fait que nous avons eu à peine le temps de dire que ça allait à peu près.

Puis, une pluie violente nous a cloués sous la tente. Elle a duré jusqu'à 2 h du matin. Après, je n'ai que très peu dormi. Et cette fois, ce n'est pas le thé du soir qui en a été la cause. Un violent mal de dos m'empêchait de trouver une position satisfaisante. De plus, je n'ai pas cessé de transpirer sous mon duvet décidément très chaud.

A 6 h, la brume épaisse qui nous entourait, nous a incité à rester sous la couette 1 h de plus. Tant pis pour le bus de 7h40 qui devait nous amener à Courmayeur. Nous prendrons le suivant.

A 7 h, levée du corps et petit déjeuner habituel, mais le cœur n'y est pas, même si le ciel se dégage un tout petit peu. Nous plions la tente trempée. Au moins 2 Kgs de flotte en plus. Même le duvet est humide à l'extérieur, à cause de la condensation d'une part, et du contact avec la toile de tente d'autre part. Décidément, cela manque de ventilation.

A 8h20, nous sommes sur la route et décidons de ne pas prendre le car qui passera à 9h05. Donc, six kilomètres de bitume devant le glacier de la Brenva d'abord, devant son arène, presque aussi immense que celle du Miage, ensuite. Nous passons devant une très belle chapelle peinte à l'extérieur, Notre Dame de la Guérison (non, désolé, ça n'a pas marché), d'où l'on devine le Mont Blanc entre deux nuages, l'entrée (ou la sortie) du Tunnel du Mont Blanc, et les villages situés au dessus de Courmayeur. Nous pénétrons à 10h20 dans la ville, très touristique, très fréquentée, très fleurie. Le centre est un beau village de montagne. Nous nous dirigeons vers le bureau des guides, où de mauvaises prévisions météorologiques nous attendent. Que faire ?

Le couple de Rodez, déjà rencontré au chalet des Motets, accompagné de son guide, va rejoindre le Val Ferret en car. Encore des amateurs !

Nous achetons du pain, des cartes postales (mais pas "aussi des crayons" !), du fromage et sortons de la ville.

Il est midi. J'espère fortement passer devant une terrasse de restaurant, boire un coup en rédigeant les cartes et manger un grand plat d'une spécialité d'ici. Mais mon compagnon ne l'entend pas de cette oreille. Il aurait accepté la formule, mais dans Coumayeur, pas hors de la ville. Bon, ce sera saucisson de Seilhac et fromage (qui ne coule pas donc sans saveur).

Nous quittons la ville par le Nord-Est, rédigeons nos cartes à côté d'un lavoir municipal en service, grignotons notre rondelle avec un coup de piquette à 12°, avalons un flanc (le quatrième depuis le départ) et nous repartons.

D'immenses villas, luxueuses, aux bois sculptés nous indiquent la richesse du pays. Le type des automobiles aperçues ici nous confirme cette impression.

La route de moins en moins carrossable, se transforme en chemin. Dans un virage dégagé, nous profitons d'un moment de plein soleil pour déballer la tente et étendre nos affaires lavées la veille et encore mouillées. Un triporteur à moteur deux temps, le même que celui de Darry Cowl dans le film "le triporteur" passe à plusieurs reprise, chargé de bois, un chien aboyant sur le capot. On croirait voir un dessin animé, tant le véhicule semble en équilibre instable, sautant de bosses en bosses, le chien s'accrochant tant bien que mal, et une fumée bleue s'échappant de ce qu'il convient d'appeler un pot d'échappement. Ca doit faire partie du folklore.

La montée se poursuit plutôt bien jusqu'au refuge Bertone. Un sentier abrupt, mais bien empierré, pavé par endroit et très agréable. On domine de plus en plus Courmayeur, bientôt l'entrée du tunnel sous le Mont Blanc, puis le Palud d'où part un téléphérique pour rejoindre l'Aiguille du midi et Chamonix. Un hélicoptère nous accompagne en déposant des charges semble-t-il sur une montagne voisine, à moins qu'il ne porte secours à des blessés. D'ici on ne peut distinguer.

Nous arrivons au refuge à 16h15, soit quarante-cinq minutes de moins que le temps prévu. Roger se voit obligé de prendre deux places. Il n'est pas très chaud pour prendre la demi-pension et le repas du soir. J'insiste lourdement, regrettant toujours le repas manqué de midi.

Plusieurs groupes déjà croisés sont arrivés et font leur toilette. Nous grimpons sur la butte, juste derrière le chalet pour prendre en photo les Grandes Jorasses. Mais les nuages et l'atmosphère brumeuse vont nous en empêcher. Je découvre une mine de myrtilles et en dévore une dizaine de poignées. Ensuite toilette à l'eau froide. La douche à 15 Frs, c'est du luxe. Alors, on se contente du principal...

Bien. Apéro en plein air avec la polaire. Il fait de plus en plus froid. Tiens, j'ai six doigts dans lesquels la circulation de sang s'est interrompue..

A demain...

 


Mercredi 27 août 16h15 Refuge Elena : Altitude 2062 m

Montée 2016 m

Descente 1959 m

Plus haut : 2572 m (Col du Sapin)

Plus bas : 1668 m (La Vachey)

 

Hier soir, repas correct, sans plus.

Un grand plat de pâtes, de la polänta, de petites saucisses, du boeuf au madère, un petit dessert, un quart de vin. Un cappuccino (excellent), de la grappa (marc de raisin). On est en forme pour aller se coucher. Le refuge est très propre et agréable (bien plus qu'en France). Le tout pour 178 F en demi-pension.

Réveil à 6 h, car le groupe de la banlieue parisienne (six ou sept couples d'un club de randonneurs) quitte bruyamment les couchettes. Le couple de Metz, à côté de nous râle un peu, mais nous nous levons également. Çà fait du bien de plier des affaires sèches et d'avoir une tente "légère" sur le dos.

Petit déjeuner (pas très copieux, mais ça ira). Départ à 7h20 pour le col du Sapin. Ca monte beaucoup, mais j'ai bien mangé, je suis en pleine forme. Mon coup de pied droit me fait un peu mal (depuis trois jours) mais on s'habitue à la douleur et puis, c'est si bon de se voir capable de résister à la souffrance !

Le temps est beau pour l'instant, mais quelques nuages se forment au nord-est où le soleil va se lever bientôt.

D'un seul coup, arrivés sur la crête du mont de la Saxe, le spectacle s'offre à nos yeux. C'est la première fois que nous pouvons voir quelque chose d'aussi grandiose depuis le départ (il était temps) et peut-être la dernière fois si le temps ne se met pas de notre côté.

A gauche, le Mont Blanc semble si ridicule dans cette immensité, qu'on a du mal à croire que c'est bien lui. Puis le mont Maudit, les aiguilles du Diable, la Dent du Géant, l'Arête de Rochefort, les Grandes Jorasses, tout ça sous nos yeux, de l'autre côté du Val Ferret à deux ou trois kilomètres à vol d'oiseau. Un mur immense s'élevant au dessus de la Doire de Ferret de plus de 2000 m, presque à la verticale. On peut y apercevoir des brèches d'où s'échappent quelques glaciers suspendus : Le glacier de la Brenva, immense, des petits, moins impressionnants (surtout d'ici), celui du Planpincieux, celui de Frébouse, celui du Triolet.

Je prends photos sur photos. Nous photographions le groupe qui nous suit, lesquels nous rendent la monnaie. Puis nous continuons à monter : 2300, 2400, 2500, bien plus haut que ce que certifiait Roger. 2565 m pour finir, et nous redescendons la crête vers le col du Sapin à 2436 m.

Roger prétendait qu'on passerait au dessous du Col. J'étais sûr, selon la carte, que nous passerions bien plus haut. Je ne connais qu'une façon de passer sous un col, c'est par un tunnel !!! Or, il n'y en avait pas d'indiqué !

Donc, savourant ma victoire, nous mangeons une ou deux barres énergétiques. Je prends d'autres photos du Mont Blanc, bientôt coiffé de son traditionnel bonnet d'âne (un nuage qui se développe autour du sommet et dont la forme permet de donner les prévisions météorologiques). Le temps va changer. De fortes précipitations sont annoncées pour jeudi.

Allez, en route, il nous faut descendre dans la vallée de Sécheron. Là, la voie normale empruntée par l'autre groupe, ne nous semble pas d'un intérêt fondamental. De plus, les nuages envahissent déjà les vallées au Nord-Est, et, de toute façon, le spectacle est au sud-ouest.

Nous contournerons "La tête entre Deux Sauts" par la vallée déjà citée. Au bout, nous arrivons au-dessus du Val Ferret que nous longeons jusqu'à descendre vers La Vachey. Nous nous persuadons que c'est plus beau et moins pénible que l'autre trajet. Repas (très léger) au bord d'un torrent et nous rédigeons ensemble l'article de presse que nous enverrons à "La Vie Corrézienne" pour donner un petit bonjour à nos amis du club de randonnée.

Nous descendons au village de La Vachey, seul endroit où nous pouvons poster la lettre. En fait, arrivés là, il n'y a que deux restaurants. L'un d'eux accepte de me vendre deux timbres et de poster les lettres. Nous voulons prendre un cappuccino, mais les serveurs font passer les repas en priorité, et, vingt minutes plus tard, nous ne sommes toujours pas servis. La haute bourgeoisie italienne (vu les voitures et les tenues) a priorité sur la petite bourgeoisie corrézienne. Ma patience ayant des limites parfois vites atteintes, nous sortons.

Nous avons décidé, bien que ma fierté en prenne un coup, de tricher un peu et de faire les quatre kilomètres de bitume restant à parcourir, en car. Nous le prenons à 13h50. Nous sommes quatre dans le bus et trois employés : le conducteur, le contrôleur et le vendeur de tickets. Une bonne solution pour résoudre le chômage.

Le Val Ferret est agréable. Le long du torrent, se succèdent les endroits aménagés et bien équipés, jardins, parcs de loisirs naturels, terrains de pique-nique, le tout a l'air très propre. Beaucoup de monde bronze au soleil. Les Italiennes sont ravissantes, leurs compagnons… beaucoup moins !

Arrivés à Arnuva, il ne reste qu'une heure de marche pour rejoindre le refuge Elena. Il sera 15 heures. Je trouve que nous nous arrêtons bien trop tôt aujourd'hui. On va s'ennuyer le reste de l'après midi, alors que le col Ferret est 500 m plus haut et que l'on pourrait coucher en Suisse ce soir.

Mais Roger augmente les durées des arrêts pour démontrer qu'il est impossible de passer en Suisse ce soir... De plus, dans la petite côte qu'il nous reste à gravir jusqu'au refuge (une voie parfaitement carrossable), je sens mon camarade trop fatigué pour aller plus loin. Nous nous sommes pourtant reposés 1h30 et nous avons fait le trajet en car. C'est vrai qu'il a très mal aux pieds. Je ne suis pas vraiment objectif, mais ce refuge Eléna ne me dit rien qui vaille.

Nous arrivons au refuge à 15 h. Vite, sous la douche, car à 15h30, ils coupent eau et lumière jusqu'à 17 h pour recharger les batteries. Ce n'est pas un refuge, c'est une usine. Cent trente places, des dortoirs, des chambres, un grand restaurant, le luxe... Tout est propre, moderne, grand, mais cela manque de chaleur et de convivialité. 198 F la demi-pension douche comprise, c'est à peu près comme hier. Nous prenons encore la demi-pension. "C'est une randonnée de luxe" dit Roger. Il regrette d'avoir pris la tente et les affaires de camping.

La douche est excellente jusqu'à l'arrêt absolu à 15 h 30. Nous montons sur la terrasse observer le glacier. Mes jumelles ont commencé à sécher intérieurement. Je peux presque voir normalement. Nous sommes en face du glacier du Pré de Bar avec une langue glacière immense d'où surgit le torrent. La moraine du dessous est également immense. Des touristes s'aventurent jusqu'à la sortie du torrent. Quand on voit ce qu'il y a au-dessus, c'est un peu effrayant. Derrière le chalet, le col Ferret est là haut, à deux enjambées. Quel dommage de ne pas y aller de suite.

Nous rentrons prendre, Roger une bière, moi, un cappuccino, toujours aussi délicieux (mais comment le font-ils ?). Nous rédigeons ces quelques lignes sur un coin de table.

Les groupes arrivent, sans arrêt : des scouts, d'autres, par 10, par 20, plus parfois. C'est une vraie industrie. Le chiffre d'affaire doit être impressionnant. Le personnel est nombreux. La tête du cuisinier ne me plaît qu'à moitié. Je crains le pire pour ce soir, mais, nous verrons bien.

En attendant de contacter la famille par téléphone, j'offre à Roger un cocktail maison. Un mélange de 6 ou 7 bouteilles italiennes, avec du citron et du sucre, 10 minutes de préparation, 15 Frs : il ne faut pas se plaindre. Le repas, j'en étais sûr, est à l'image du cuisinier. Une assiette de spaghettis, acceptables bien que pas trop cuits, un mélange de polenta (décidément, il y en a partout), sans goût, de gros petits pois, quelques haricots blancs énormes, une tranche de veau de cantine, fromage ou pomme verte. Vue la saison, je prends le fromage , type Saint Paulain sans saveur. Puis, une part de gâteau sablé préfabriqué. Non, ça ne tient pas la route.

Roger veut m'offrir un irish-coffe, mais ils n'en font pas. Ce sera un autre cappuccino, aussi excellent, mais je sais que je ne dormirai pas.

20h30, il fait froid dehors, l'intérieur est très bruyant. Un groupe d'Aix en Provence, accompagné par un guide de montagne se fait remarquer, principalement quelques jeunes filles. La France n'en est pas honorée. A côté, un groupe de jeunes ados italiens, peut-être des scouts, en tout cas, de la bourgeoisie, se moque du groupe français. Il y a de quoi, mais c'est intenable. Je vais me coucher. Mais lumière et bruit se succéderont jusqu'à 23 h, le temps que tout le monde soit couché et prêt à dormir.

 


Jeudi 28 août 15 h. Refuge d'Arpette 1680 m.

Montée : 1300 m

Descente : 1700 m

 

Effectivement, j'ai bien peu dormi cette nuit, quoique Roger soutienne m'avoir entendu ronfler. Bruits, ronflements, cappuccino... J'ai entendu la pluie battante à partir de 2 h du matin. Idées noires et soucis se sont mis à défiler et la nuit fût blanche comme prévu. Remue ménage à partir de 5h30. Il n'y a pourtant pas le feu au lac, vu la lune qu'il fait à l'extérieur.

Roger me secoue inutilement à 6h20. Nous avons largement le temps de nous préparer. Nous rangeons nos affaires le plus discrètement possible (C'est bien inutile vu le raffut qu'il y a eu avant). Le guide du groupe bruyant nous dit qu'il ne faut pas se presser et attendre que cela se dégage. On rattrapera le retard en prenant un des nombreux cars qui circulent dans le val Ferret suisse. Mais ce guide ne m'inspire pas confiance ! nous ne l'avons que trop vu fanfaronner avec les adolescentes.

Petit déjeuner. Léger : un seul ridicule petit morceau de beurre par personne et une minuscule barquette de confiture. Heureusement, il y a du cornflex que nous offrons à une sorte de pasteur anglais assis à notre table. Ainsi, je peux prendre sa portion et m'enfiler sept ou huit tartines de pain. Un guide de haute montagne italien a également pris place à notre table. Il ne pourra pas emmener un groupe faire un sommet d'aujourd'hui et restera au chalet.

Nous sortons du fond du sac, impers, jambes de Kway, ponchos, chapeaux et enfilons tout ça. Le guide dit aux filles de prendre leurs polaires. Elles auront chaud dans la montée sous les panchos (tant mieux pour la cellulite !).

Nous partons à 8h.Visibilité : 10 à 20 mètres, pluie incessante, vent violent. Mais, sous les panchos, nous avons chaud. Un vrai sauna. Nous serons bientôt aussi trempés dedans qu'au-dehors. Un solitaire de Valence nous suit un moment, en short, chemise et ...parapluie multicolore. Il nous double, mais nous le retrouverons bientôt.

Nous réalisons un exploit : 9 h nous sommes au col Ferret, à 2537 m. Une heure pour faire 470 m de dénivelé. C'est un record, chargés comme nous sommes. Nous faisons deux photos, tant bien que mal sous la tempête. Mais il faut marquer le coup, car nous passons en Suisse. Sans valise de billets, malheureusement.

La descente dans la vallée de la Peule, vers le Val Ferret suisse est sans doute très agréable par beau temps. Un bon chemin, bien tracé. Des pioches, laissées au bord du sentier, nous indiquent qu'il est régulièrement entretenu par les Suisses. Mais cette descente est très glissante sous la pluie. C'est de la boue sur plusieurs centimètres, et, difficile de passer à côté, car la pente est trop abrupte. Nous passerons devant une ferme où se font lait, beurre, fromage, serac... nous en goûterons un peu plus tard au refuge. De grands troupeaux de vaches suisses, noires, font entendre leurs sonnailles.

840 m plus bas, nous atteignons la route et bientôt le village de Ferret. Décidément, nous ne profiterons pas du paysage d'aujourd'hui. Passant devant un magnifique autocar, nous constatons que le départ pour Champeix a lieu dans 2 minutes. Ce serait la chance de la journée, car, couverts de sueur, nous avons froid à présent. Je prends une photo du bus pour Marie, car un très joli Saint Bernard est peint sur la carrosserie.

Nous allons donc tricher et prendre le bus. J'aimerais descendre à Praz de Fort et visiter les villages suisses de la vallée, mais Roger veut aller directement à Champex. Il est vrai que le temps ne se prête pas au tourisme.

A propos, il est 10h55. 2h55 pour venir du refuge Elena. Si nous avions fait cela hier au soir, et nous en avions le temps, nous aurions profité du beau temps.  Dommage, il y avait un petit refuge sympathique, ici à la Fauly.

En voiture, donc. La vallée a l'air agréable, les chalets en bois sculpté très coquets. Nous ne voyons que le fond de la vallée, mais nous distinguons les torrents d'eau et de boue que déverse la montagne.

"D'habitude, ils sont à sec", nous dit une brave dame d'ici. Les gens empruntent régulièrement le car pour se déplacer. Un service régulier dessert tous les villages. Les cars sont extrêmement confortables, silencieux et décorés de bois. Nous retrouvons le solitaire de Valence qui attrape le bus de justesse à la Fauly et une partie du groupe de Paris qui était pourtant parti avant nous. Tout le monde est satisfait de monter dans le véhicule chauffé. 20 Frs suisse ou 90 Frs français pour se rendre à Champex à deux.

Nous laissons le groupe décimé à Praz de Fort et continuons jusqu'à Orcières. Une correspondance nous prend deux minutes plus tard pour rejoindre Champex. Avec nous, deux jeunes filles et une femme de soixante ou soixante-dix ans. L'une d'entre elles me semble aveugle où du moins, très sérieusement handicapée. Elles font pourtant le tour du Mont-Blanc et s'arrêteront à l'auberge de jeunesse de Champex. Nous sommes décidément bien ridicules à côté. La route présente des virages très serrés jusqu'à Champex. Le chauffeur, que nous retrouverons le 17 avril 1998 dans l'émission "Faut pas rêver", est très habile avec son car.

Champex semble magnifique avec son lac très bien aménagé. Il paraît que c'est le Saint Tropez suisse. Les chalets et les automobiles le confirment. C'est du rupin !

Nous descendons avec le Valençois à la sortie du village et le suivons vers le refuge d'Arpette. Il connaît bien. C'est la sixième fois qu'il fait le tour, seul en cinq jours. Le chemin monte le long d'un ruisseau canalisé comme à Aubazine, mais avec l'allure d'un torrent. Ca doit être très joli par beau temps.

Une demi-heure plus tard, nous arrivons au refuge-restaurant et sommes accueillis par des Suisses (normal ici). Nous prenons la demi-pension comme d'habitude, maintenant ; 45 Frs suisse et choisissons une fondue pour trois pour le soir. Que prendre d'autre en Suisse ? Ca va nous changer de la polenta !!!

Nous nous installons pour le repas de midi dans la salle du gîte avec le solitaire. Soupe à la tomate, soupe aux haricots (je croyais en ouvrant le paquet qu'il s'agissait de cassoulet) fromage, sérac acheté à la fromagerie par notre compagnon, confiture. Vite, vaisselle, douche, lessive avant que les nombreux groupes envahissent le chalet.

Comment occuper cette longue après-midi pluvieuse ? Notre compagnon redescend à Champex. Nous n'osons le suivre pour ne pas mouiller nos affaires pour demain. Alors, on va écrire ... Je tente un cappuccino, mais, une fois avoir quitté l'Italie, il est décevant.

Les groupes arrivent les uns derrière les autres. Six enfants de Chamonix avec deux accompagnateurs faisant le TMB, le groupe d'Aix avec son guide, d'autres avec des mulets portant les charges...

Vers 17 h, le temps se dégage un peu. Las de ne rien faire, je prends un anorak et descend à la ville. Quelques photos, quelques myrtilles parmi les tonnes qui longent le chemin. J'effectue le tour du lac. Vraiment très classe. Je remonte pour 19 h. Le repas sera servi bientôt. Nous mangeons en compagnie du solitaire au parapluie. Une salade des plus ordinaires, une fondue, excellente... mais une dose d'une personne pour trois, et ... une pêche. Oui, c'est tout ! Avec un vin suisse à 90Frs le 1/2 litre qui ne vaut pas un vulgaire corbières. De plus, la patronne n'est pas souriante. Tout ça, c'est bien décevant. Alors, nous payons, et, au lit.

 


Vendredi 29 août. Chalet de Charamillon 1850 m.

Montée : 2473 m

Descente : 2298 m

Plus haut : 2700 m (Fenêtre d'Arpette)

Plus bas : 1300 m (Prise du Bisse)

 

La nuit sera courte, puisque je ne dormirai vraiment que jusqu'à 23h20. Après : nuit blanche, comme les précédentes : bruits, craquements, ronflements. Un groupe se lève à 4h20 pour être à la fenêtre d'Arpette au lever du soleil. Un se lève à 5h30, puis, voyant la température extérieure, se recouche...

Roger passe une bonne nuit, vu le ronflement permanent qu'il génère. Au lever, il a l'audace de me dire que j'ai passé une bonne nuit, car chaque fois qu'il se réveillait, je ronflais... Soit...

Lever à 6h30. Petit déjeuner à 7 h. Départ à 7h30. Il fait 2°C et il a neigé en hauteur durant la nuit. Le sentier passe devant deux chalets remarquables puis traverse les alpages. Nous nous faufilons entre des dizaines de vaches suisses, noires, au cou épais, impressionnantes comme des taureaux limousins et réputées bagarreuses. C'est parmi elles qu'on recherche les vaches de combat pour affronter les vaches françaises des vallées voisines. Autant dire qu'on passe discrètement en restant sur nos gardes.

Ensuite, le sentier monte dans le fond de la vallée et attaque la vraie montagne. Nous sommes rejoints et dépassés par notre compagnon solitaire. La grimpette est rude. Nous rencontrons la neige à partir de 2200 m. Puis, il faut escalader dans les éboulis. Le ciel est tantôt bleu, tantôt caché par des nuages se déplaçant très rapidement. Le spectacle est grandiose. Nous arrivons à la fenêtre d'Arpette à 10h (Roger à 10h05, car il s'est mis à traîner, prétextant que c'était pour lui un plaisir que de grimper dans des rochers de ce type). La fenêtre d'Arpette est en fait un col très étroit qui permet de passer de la vallée d'Arpette à la vallée du Trient. Le col est à 2700 m et le vent qui y souffle est glacial. Nous nous habillons chaudement à l'abri de rochers : pantalons, polaires, anoraks, chapeaux, gants. En route pour passer le col.

Le vent nous saisit, la neige est, de ce côté, transformée en glace. La descente est très dangereuse. Il nous faut désescalader des rochers rendus glissants par la neige et la glace. Pourtant, le spectacle est magnifique. Nous dominons complètement la vallée du Trient et surtout le glacier du même nom. Un beau glacier, bien propre sous une épaisseur de 10 cm de neige, crevassé régulièrement, les séracs bien détachés. Autrefois, il était exploité. Descendant 400 m plus bas dans la vallée, on y découpait des blocs de glace, pour les envoyer par le train à Paris, Lyon ou Marseille. Une vraie industrie de la glace.

On posera les polaires 500 m en contrebas du col, au-dessous de la barrière neigeuse. Je prends photos sur photos. Le spectacle est gigantesque et en mouvement perpétuel à cause des nuages changeant constamment l'allure de la vallée et des sommets. La glace elle-même change de couleur en fonction de l'éclairage. Elle passe d'un blanc translucide au vert et au bleu pastel. Un arc-en-ciel a même la bonne idée de se créer dans la vallée en dessous de nous. Roger est ravi du spectacle. J'avoue qu'il y a de quoi. On s'arrêtera pour manger à 12h30 vers 1600 m d'altitude à l'abri d'un gros bloc de granite et en plein soleil. Saucisson (toujours le même), fromage (aussi), et tartine de miel. Le groupe et son guide arrivent à notre hauteur. Le guide, toujours aussi frimeur, nous indique le refuge de la Jeanne, après le col de Balme à Charamillon. Etant donné la description flatteuse, on essayera de le rejoindre.

Nous repartons à 13h15, car il reste 4 à 5 h de route. Nous atteignons la prise du Bisse (départ d'un canal d'irrigation taillé dans le rocher) et remontons vers le col de Balme. Tandis que nous mangions, je plaisantais en voyant une falaise immense dressée devant nous, et disais à Roger que nous devions la gravir. Et bien... nous devons la gravir ! Par un chemin bien entretenu, pavé par endroits, taillé dans la falaise à d'autres, mais 600 m de dénivelée s'ajoutant aux 1000 m du matin, c'est beaucoup pour des gens chargés. Un beau sentier, certes, mais garni de crottes de moutons sur toute la montée. Nous terminerons par un escalier taillé dans la falaise le long d'un précipice qui arrive à une bergerie à 2200 m d'altitude (le chalet des Grands). Le sentier suit ensuite le sommet de la falaise. La vue est belle, mais nous le trouvons interminable. Il commence à faire froid. Bientôt, alors que nous obliquons vers l'ouest à la hauteur d'une bergerie en ruine, pour nous diriger vers le col de Balme, la pluie arrive, froide, pénétrante. Nous enfilons nos panchos, mais le vent se lève, violent, avec quelques flocons de neige. Nous commençons à être gelés. Nous trouvons le sentier interminable. Il serpente dans la caillasse, laissant sournoisement présager de sa fin à chaque détour. Je cache mes mains dans les manches de mon poncho pour éviter de geler les doigts. Nous aurions du sortir des affaires chaudes plus tôt. C'est trop tard. Roger a mal aux pieds et souffre de plus en plus.

Au col, devant un immense gîte, le vent redouble de violence, comme dans tous les cols. Roger veut arrêter là. Moi, qui ne supporte pas de ne pas arriver, coûte que coûte, au bout de ce que nous avions prévu, j'insiste pour aller chez la Jeanne. Roger me suit, mais s'arrête bientôt pour se vêtir en plein vent. Je fais de même, car sous le poncho, nous n'avons qu'un short et un t-shirt, et la température est aux alentours de zéro. Enfin, Roger met ses sandales. Il ne se supporte plus dans ses chaussures.

Nous descendons encore de 2200 m à 1850 m, aux chalets de Charamillon, chez Jeanne. Trois chalets neufs sont construits en alignement de la maison traditionnelle décrite dans "premier de cordée". Un bâtiment pour les sanitaires, un pour la cantine/restaurant, un pour les chambres du refuge. C'est sympathique, mais un peu petit.

Une jeune étudiante, qui s'occupe du refuge pendant ses vacances, nous accueille. Nous sommes gelés. La tarte à la cannelle est bonne, le chocolat chaud ravigotant. Mais la douche qui suit est capricieuse. Quelques gouttes d'eau, chaudes au départ du chauffe-eau, arrivent froides sur notre corps savonné et ont bien du mal à nous rincer. Nous regrettons les dix francs de supplément donnés pour la douche. Nous sommes à peine réchauffés avant de passer à table.

Nous faisons connaissance avec Jeanne au moment de téléphoner à nos familles. Nous la reverrons quelques mois plus tard dans l'émission "faut pas rêver". Une mémé de 84 ans, ayant les pieds sur terre, les idées claires et contente de nous parler un peu. Elle a la nostalgie du temps passé, trouve que le progrès n'a pas amené que des bonnes choses. Autrefois, les gens étaient plus solidaires en montagne. La vie était rude, mais on passait de bons moments. Aujourd'hui, chacun reste devant son téléviseur et va acheter ses vivres congelés à la grande surface de la ville. En vieux réac, je souscris entièrement à son analyse.

Le repas est correct : soupe de la Jeanne, gratin de nouilles de Cristelle, jambon du pays de Paris, salade et une pêche. J'espérais pourtant un gros morceau de fromage de montagne. Tant pis. Allez, bonne nuit. C'était enfin une journée comme je les aime : 9 heures de marche, 2400 m de dénivelé, du spectacle. Crevé mais heureux.

 


Samedi 30 août. 14 h Chalet du Lac blanc 2350 m.

La nuit fut calme. Nous étions seuls au refuge. Roger n'a pas ronflé. Mais la jeune étudiante de Besançon dormait dans un boxe voisin et avait laissé la lumière allumée toute la nuit. Sans doute avait-elle peur du noir. Il n'en fallait pas plus pour me faire passer mon énième nuit blanche. A peine endormi, la lueur me réveillait. Je pensais à ce haut lieu des combats de vaches entre vallée française et vallée suisse. La reine, vache sortie vainqueur du combat, a souvent été originaire de cette ferme. Plus haut, juste au-dessous du col de Balme, un lieu s'appelle "le pré des reines". C'est là que se déroulaient les combats devant des centaines de spectateurs.

Au lever (7h, nous devenons paresseux), les nuages élevés m'inquiètent. D'autant plus que mon baromètre a baissé sérieusement durant la nuit. Nous quittons le chalet par un chemin pour 4x4. La descente n'est pas des plus raides, mais les genoux douloureux après la journée d'hier me font atrocement souffrir. Nous suivons le chemin jusqu'au village du Tour, la route jusqu'à Montroc (1300 m) et un petit sentier jusqu'au col des Montets Nous sommes au fond de la vallée de Chamonix. Il commence à bruiner. Je m'en doutais.

Là, le chemin, très bien entretenu, monte dans les massifs de myrtilles. Nous sommes bientôt sous la pluie, de plus en plus froide. Nous passons sous les Aiguilles Rouges et arrivons à l'Aiguillette d'Argentières. Je traîne un peu, car j'ai les jambes coupées par de petits problèmes intestinaux (Et oui, ça arrive, même si on n'en parle jamais dans les récits du Tour du Mont Blanc). Des alpinistes descendent en rappel l'Aiguillette sous une pluie battante. Le sentier va maintenant escalader la falaise. Environ 300 m d'échelles métalliques fixées à la paroi et d'escaliers en rondins de bois glissant fixés sur les rochers. Ca serait sûrement amusant par beau temps. Nous croisons un groupe dirigé par un guide de moyenne montagne. Une femme d'une cinquantaine d'années, sans vêtement de pluie, sans chaussures adaptées, est en larmes. Elle jure à son mari et à ses enfants qu'on ne l'y reprendrait plus. En effet, elle passe en tremblant sur les échelles. Roger et moi, nous relevons l'inconscience et l'incompétence du guide qui n'aurait jamais dû accepter le départ d'une telle course avec des gens aussi mal équipés.

Arrivés au croisement des GR, Roger veut se diriger vers la Flégère et rentrer en téléphérique. Je propose que l'on se rende plutôt au Lac Blanc, où je crois avoir vu un refuge et que l'on attende le beau temps. Quitte à être ici, autant en profiter. Je fais le point d'altitude au passage d'un cairn et m'aperçois que le baromètre est remonté jusqu'à 1022 MPa. Le beau temps va revenir. C'est sûr. Nous continuons à monter, passons devant les lacs de Chéserys. Sans doute un très beau site, mais nous n'en profitons pas. Dernière ascension glissante jusqu'au Lac Blanc.

Le refuge est bondé. Nous essayons de réserver, mais les trente places sont retenues. Nous hésitons, restons cependant prendre un vin chaud. Les serveuses, extrêmement sympathiques, proposent de téléphoner au refuge de la flégère pour nous réserver des places. Finalement, je prends une omelette au lard, et un vin chaud, Roger ... un chocolat chaud. Nous traînons, reprenons une tarte aux fruits mélangés, (elle est excellente, merci) et un café. L'accueil est décidément très chaleureux. Le chalet est rempli de gens mal équipés qui sont montés de Chamonix par le téléphérique de la Flégère. Une heure de chemin équipé, et ils sont là, à 2350 m. Ils sont contents. Nous traînons ici une heure ou deux, espérant que quelqu'un se désisterait. A plus tard...

 


18 h 30 Refuge de la Flégère 1880 m.

Montée : 1250 m

Descente : 1220 m

 

Et oui, nous nous retrouvons à la Flégère. Pourtant, après avoir attendu une partie de l'après midi et avoir consommé tarte et café, nous avions sympathisé avec les serveuses au point qu'elles avaient fini par nous proposer de rester. On aurait couché dans le vieux gîte, avec elles. Ce n'était pas pour nous déplaire. Au cas où un groupe se serait désisté, nous aurions pris leur place au refuge. Mais quand le tarif nous a été annoncé, notre engouement s'est volatilisé : 270 Frs la 1/2 pension, un peu moins si nous couchions avec elles au vieux gîte ! Ca semble curieux ! non ? On aurait payé moins cher en couchant en compagnie des filles ! Trêve de plaisanterie. Roger fait une affreuse grimace. Même le dernier jour, il ne veut pas faire d'effort. Je n'arrive pas à le convaincre.

Nous repartons donc sous la pluie après nous être bien couverts. En descendant (1h30 de descente environ de 2350 à 1880 m), le ciel semble se dégager légèrement, puis, ça repart. Par de petites fenêtres dans les nuages, nous pouvons apercevoir les glaciers en face. Pas de doute, là encore, ça doit être grandiose.

Nous commençons à percevoir les bruits qui montent de la vallée. Nous nous approchons de Chamonix et le trafic est important. Nous décelons encore les odeurs de gasoil que nous avons senti à tous les cols depuis le départ.

En arrivant à la Flégère, le temps se dégage enfin. Un coin de ciel bleu à l'horizon. Nous sommes en face de la Mer de Glace et du train du Montenver.

Le chalet est vieux mais comprend tout de même 90 places. L'intérieur est rustique. Le rez de chaussée trop bien chauffé, l'étage, pas assez. L'accueil est chaleureux. La patronne est gentille malgré une voix roque de tenancière qui a abusé de la gitane. Elle nous permet de suspendre nos affaires mouillées aux portes et fenêtres et nous conduit au dortoir. Une chambre pour huit, mais à priori, nous serons seuls. Enfin ! Douche à 5 Frs.

Je reprends mes affaires et repars pour essayer de faire quelques photos. Mais, malgré 1h30 de promenade, durant laquelle je manque de me faire dévorer par le chien de la bergerie voisine, aucune occasion ne se présente. La lumière ne convient pas. Je rentre et demande le menu à Roger. Cela semble correct. Je demande également s'il y a de l'Irish coffé. En effet, la veille, j'ai retrouvé la montre de Roger, perdue sous la neige, à 2700 m d'altitude, dans les rochers de la fenêtre d'Arpette. Je lui ai fait promettre de m'offrir l'Irish coffe dont je rêve depuis l'Italie, dès que nous en trouverons.

 

Surprise, quatre Allemands sont venus se réfugier dans notre chambre. Nous ne serons donc pas seuls. Nous dînons en compagnie de deux charmantes randonneuses confirmées qui font, elles, le Tour du Pays du Mont Blanc. On sympathise. Elles viennent de Boulogne, l'une d'entre elles est originaire de Vernet les Bains. Le repas est très correct. Quelques photos des sommets dégagés au coucher du soleil. Quelques échanges de procédés (techniques) avec la plus jeune de nos compagnes qui est une passionnée de photographie. Et au lit.

 


Dimanche 1er septembre Retour aux Houches 980 m.

Montée : 3000 m

Descente : 3800 m

La nuit a très mal commencé. Le groupe de 35 à 40 personnes, arrivé en téléphérique, et déjà remarqué au cours du repas, a fait un vacarme monstre pour s'installer et se coucher. C'est tout le problème des groupes. L'individu se trouve protégé par l'anonymat du groupe et se permet d'enfreindre toutes les règles de bonne conduite. De vrais beaufs ! Bruyants, impolis, sifflants dans les couloirs jusqu'à 23h. Du groupe se dégage toujours un ou plusieurs individus dominants. Un certain Pierre (tiens donc !), vieux beau, barbu au poil blanc, semblant être le Don Juan de ses dames, se fait particulièrement remarquer. Quelques femmes, la quarantaine passée, en chaleur sans doute, exhibitionnistes à souhait, tournent autour de lui. Vous imaginez la soirée.

Nos Allemands ont été calmes et silencieux, mais se sont levés à tour de rôle, satisfaire des envies naturelles toute la nuit. 6h30 ; Nous sommes les premiers levés avec la patronne du refuge, charmante au réveil également. Nous descendons discrètement nos affaires au rez de chaussée pour faire nos sacs dans le plus grand silence. Pour le déjeuner, tout est à volonté. C'est très bien, mais le fameux groupe arrive, toujours avec aussi peu de discrétion et nous gâche le plaisir du matin calme, avec vue sur le Mont Blanc, les Drus, les Aiguilles de Chamonix, etc...

Enfin une vue globale sur le massif. Nous partons après avoir pris congés des deux charmantes randonneuses rencontrées la veille, et qui semblent aussi déçues que nous d'avoir eu à subir ce groupe.

Nous nous dirigeons vers le PlanPraz. Etonnant ! nous sommes seuls. Les téléphériques ne fonctionnent pas encore. Le petit matin est magnifique. Enfin une vue panoramique. Je fais remarquer à Roger que j'ai bien fait, la veille, d'insister pour rester une journée de plus. Une fois de plus, mon baromètre (et moi bien sûr) avait raison. Il aurait été dommage d'échapper à ce spectacle après avoir fait ce que nous avons fait. C'est le "grand beau".

Le sentier sent bon. Les myrtilles sont aussi excellentes qu'abondantes. Ce matin, tout va bien, merci !

Nous observons aux jumelles, la chenille humaine qui arrive au Mont Blanc. Trois à quatre cents personnes qui se suivent, encordés par trois, qui sont parties à 3h du matin du refuge du Goûter dans lequel elles sont arrivées la veille, après avoir pris le train jusqu'au refuge du Nid d'aigle. Elles se sont entassées dans le refuge de 180 places jusqu'au moment du départ dans la nuit noire. Il faut arriver au Mont Blanc, vers 8 ou 9 h et redescendre avant que la neige ne se réchauffe trop. 5h de montée tranquille (de la randonnée classique à condition de supporter l'altitude).

Nous arrivons au chalet de Prempaz vers 9h. Les téléphériques commencent à vomir leur cargaison de touristes en baskets, braillant et se dirigeant vers le Lac Noir ou le Lac Cornu, lieu où ils pourront ingurgiter la baguette qui dépasse de leur sac à dos, avec la bière, dont la moitié d'entre eux oubliera la bouteille entre deux rochers. C'est ça la montagne maintenant !

Nous prenons le sentier qui se dirige vers le col du Brévent, et vers le Brévent. Il s'agit de monter à 2525 m. Entre le col et le Brévent, le sentier passe sur les crêtes et sur la face Nord-Ouest. La vue est nouvelle, superbe vers les vallées de Samoëns, de Morzine peut-être, vers le Mont-Buet. Des passages scabreux équipés d'échelles où les mêmes touristes descendent du Brévent tremblant en espadrilles. Puis, 100 m avant le sommet, un chemin accessible en 4x4 qui permet d'arriver aux deux restaurants panoramiques. Décevant... très décevant.

Nous déjeunons sur la crête, un peu avant la table d'orientation, pour éviter la cohue. Nous sommes entourés de choucas. En plus du bruit, des touristes, des automobiles de la vallée, il est pénible de supporter les dizaines d'avions de tourisme qui s'engagent dans la vallée, suivent les glaciers et remontent survoler le massif. Un bruit ininterrompu et fatiguant. De plus, deux hélicoptères tournent en permanence et vont récupérer les blessés de la montagne. Deux dans la journée de notre côté. Bien d'autres en face.

Nous atteignons le sommet où nous ne resterons pas longtemps. Le téléphérique déverse ses cargaisons de clients du 3ème âge...

Roger voulait redescendre à Chamonix par le téléphérique. Je l'en dissuade, disant que nous avons le temps (il est 13 h) et que nous ne pouvons revenir avec cette foule. Il rechigne un peu, mais finit par accepter. Nous descendrons à pied vers les Houches.

En fait, je veux faire le tour complètement à pied et je tricherais avec moi-même (ce que je ne supporte pas) si nous terminions en cabine et en bus. Je suis déjà frustré d'avoir fait 12 km en Suisse avec le car. Ma fierté en a pris un coup.

Nous entamons la descente, longue, sans fin, de 2500 m à 1000 m, sur des sentiers bien marqués, bien équipés (échelles dans les parois verticales, escaliers en pierres dans les éboulis). On a poussé très loin l'aménagement pour le seigneur "touriste". Mais, après 9 jours de marche et la grimpette du matin, c'est quand même fatigant. L'état de mes genoux transforme cette descente en calvaire.

Arrivés à un premier parking, au niveau du parc animalier du Merlet, des jeunes ont pitié de nous. Ils nous proposent de nous amener aux Houches. Roger vient de mettre ses sandales. Il ne se supporte plus. Je lui propose de rentrer avec eux, je le retrouverai en bas. J'ai horriblement mal aux genoux, mais je tiens à finir seul et à pied. Roger est furieux, mais m'accompagne. La traversée des Houches, sur le goudron est un enfer.

Surprise ! au camping, la voiture est toujours là, intacte. Après la lecture de plusieurs guides du Tour du Mont Blanc, on aurait pu s'attendre à pire. D'ailleurs, au cours de notre périple, nous n'avons subi aucun vol de matériel, bien que ce que nous portions sur le dos représentait une valeur non négligeable. Nous prenons une bonne douche au camping en attendant le retour de la gardienne afin que Roger récupère son permis de conduire laissé comme gage.

 

 Nous reprenons la route pour Cruet, chez Brigitte, la fille de Roger. Nous retrouvons avec déplaisir les embouteillages. C'est sans doute là, le moment le plus dur de la journée.

L'accueil de Brigitte est des plus chaleureux. Elle a préparé une excellente tartiflette.

 


 

Une randonnée que je me devais de réaliser comme tout randonneur qui se respecte. J'en retire un sentiment très mitigé. Au total trois journées magnifiques mais beaucoup de déceptions. Aucune envie de la refaire, ni de la conseiller à quelqu'un. Mais, parti dans de mauvaises conditions (après le décès de mon frère), je n'ai pas du l'apprécier à sa juste valeur. Je vous avais mis en garde au début.

 


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